Viollet-le-Duc, les visions d’un architecte

afficheAffiche de l’exposition « Viollet-Le-Duc, Les visions d’un architecte » du 20 Novembre au 9 Mars prochain à la cité Chaillot.


La cité Chaillot, enseigne nationale du patrimoine et de l’architecture présente depuis le 20 novembre 2014 une exposition sur le controversé, et pourtant inévitable, Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc. Si au hasard de quelques lignes de métro vous vous arrêtez ici, vous trouverez une exposition idéaliste sous couvert d’un génie national. Certes La pensée Viollet-le-Duciènne a ouvert de nombreuses portes pour ce qui est du domaine de l’architecture, mais n’oublions pas qu’elle en a fait s’effondrer plusieurs autres. Nous retournons au grand débat du patrimoine, celui du « Faire vivre et/ou laisser mourir », doit-on conserver les ruines, restituer à l’identique, ou faire fit des tas de pierres aux mains de l’architecture contemporaine?  C’est un débat toujours très vif chez les historiens de l’art.

         La rigoureuse doctrine française, théorie idéaliste, si bien consciencieuse que brutale d’Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc (1814-1879) dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle défendait le fait que « restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné. ». Déjà à l’époque, il trouve opposition chez John Ruskin qui affirme : « ce que l’on nomme restauration est le plus grand mal dont puisse souffrir un édifice ». Un Ruskin contre la modernité et la division de la tâche, pour l’artisanat et l’abordable, pour le savoir-faire et la valorisation de l’artisanat, et surtout contre l’interventionnisme systématique. C’est également Ruskin qui affirmait que l’homme pouvait vivre sans architecture mais que sans elle, il nous était impossible de nous souvenir1. Alors comment nous souvenir si l’original disparaît ? Comment restituer à l’objet restauré une valeur historique, si elle perd son historicité ? Les marques du temps font partie de l’essence même du monument. Dans certains cas, restaurer revient à redonner vie à un mort. Viollet-le-duc a « la nostalgie de l’avenir et non celle du passé.2 »

         Il ne faut pas oublier qu’une exposition dans son sens générale est partie intégrante de l’éducation populaire, porteuse élémentaire d’un point de vue national. Il faut rester conscient du génie de Viollet-le-Duc : inventeur, dessinateur, penseur exceptionnel mais aussi auteur d’une théorie de la restauration destructrice. La réaction des journaux, même des plus spécialisés, se révèle bien docile, banale et conformiste sur le sujet. Ce fait c’est l’entretient de cette culture standardisée, lucrative et capitaliste. c’est le fait de constater a quel point le journalisme est devenu un métier de publicitaire.

         Pensons le aujourd’hui, au-delà de toute doctrine, le patrimoine est une industrie. On nous assomme d’idées standardisées, dans une scénographie clinquante, passées au laminoir de la culture, le tout enrobé d’un affreux rouge plus si étrusque que ça.

         « Les visions d’un architecte » : visions unilatérales annoncées par une affiche rouge, reprise des éditions Hetzel, où l’on nous évoque ce « Jules Verne » de l’architecture bien connu pour ses monuments dé-restaurés. Mais y a-t-il pour autant un lien entre Jules Verne et Viollet-le-Duc ? Une question de marketing : il faut bien l’avouer, Viollet-le-Duc à encore un peu de poussière sur son costume trois pièces. Cette exposition manque cruellement de recul et d’impartialité, à la limite de la propagande. Ayant parcouru les lieux en connaissance préalable du sujet, on en ressort déconcerté faute d’avoir été convaincu par le #violletleduc.

         Sur les sept thèmes abordés par les commissaires d’exposition, pas un seul n’est réellement impartial. N’oublions pas que Viollet-le-Duc incarne en France le symbole d’une restauration arbitraire et traumatisante.

         Non loin de quelques remarques acides, c’est un beau contenu que vous pourrez tout de même y trouver, certes victime de la doctrine de certains historiens de l’art, mais tout de même intéressant. Veillez donc a ne pas manquer la seule  caricature du maître par Eugène Giraud, seule œuvre en contrepoint.

1John Ruskin, Les Sept Lampes de l’architecture, chap. VI

2F. Choay, L’allégorie du patrimoine, p. 117

Hélène Jevaud & François Maillet

Publicités