J’ai redécouvert Pierre Bonnard :

Critique de l’exposition Pierre Bonnard, Peindre l’Arcadie

Affiche de l'exposition ©Musée d'Orsay

Affiche de l’exposition © Musée d’Orsay, Droits réservés

Portrait Isabelle Cahn ©Musée d'Orsay

Portrait d’Isabelle Cahn © Musée d’Orsay, Droits réservés

L’institution qu’est le Musée d’Orsay propose jusqu’au 19 juillet prochain une exposition élaborée par la fameuse Isabelle Cahn sur le Nabis Pierre Bonnard. C’est ainsi la seconde critique d’exposition que nous publions et comme l’écrivait Felix Fénéon nous tacherons de :

« Reconstruire de toutes pièces l’œuvre qu’on examine, au lieu de la scruter, de la démonter, d’en exposer le mécanisme »

Détail représentant Felix Fénéon sur une Estampe par Henri de Toulouse-Lautrec datée de 1894. "Le chariot de terre cuite".

Détail représentant Felix Fénéon sur une Estampe par Henri de Toulouse-Lautrec datée de 1894. « Le chariot de terre cuite ».  © I.N.H.A. Droits réservés

C’est donc une critique positive et exempte d’acidité que je vous propose au sujet de cet événement à ne pas manquer. Apres de nombreuses expositions sur le sujet autour du monde, c’est au tour de la France d’organisée ainsi une rétrospective de la vie et des périodes de production de l’artiste. Malgré les foules inhérentes, flânant entre ces murs éphémères je m’insère dans l’ambiance tamisée tel qu’en propose régulièrement l’établissement. Aux souvenirs d’une exposition récente sur le marquis de Sade, on embarque avec une part de multimédia et accompagne Bonnard en bateau lors d’un séjour en Normandie. L’exposition se décompose en plusieurs points que j’aborderais au fil de ma critique.

 Pierre Bonnard, Paravent, 1889 , © Droits réservés © ADAGP, Paris 2013

Pierre Bonnard, Paravent, 1889 , © Droits réservés © ADAGP, Paris 2013

Je m’aventure alors aux travers d’un Nabis Japonard, qui tend à l’art décoratif. Ce sont donc des panneaux que nous propose Bonnard, on y retrouve des motifs récurrents, des arabesques tachetées où notre artiste jongle avec les couleurs dissonantes. C’est alors un portrait attendu par tous que nous expose Isabelle Cahn. Mais essayerait-elle de nous mener en bateau ? Pourquoi annoncer de but-en-blanc un Bonnard que tout le monde connait ? C’est ici que La conservatrice en Chef du musée se laisse à nous faire découvrir un Bonnard inattendu.

Je peux ainsi constater une autre partie de l’exposition consacrée à un éloge de l’inconscient, nous faisant entrer dans une pensée oscillant entre Histoire de l’art et psychologie.  Quelle place occupe l’imprévu dans le processus créatif de l’artiste ?

Une section plutôt marquante de l’exposition !

Chose intéressante et qui tend à se démocratiser : c’est la place de la photographie dans les musées. C’est donc dans tous ces petits clichés que se construit notre vision de la réelle vie du peintre. Nous incitant à nous approcher de l’œuvre, quelque chose d’intimiste se produit, un quelque chose qui me plait beaucoup dans les expositions.

Marthe de Méligny « Pierre Bonnard, examinant une feuille », photographie (1900-1901). Négatif original

Marthe de Méligny « Pierre Bonnard, examinant une feuille », photographie (1900-1901). Négatif original.  © Musée d’Orsay ADAGP, Paris 2013 – Droits réservés

C’est le tour des intérieurs de Bonnard et c’est là que viendra la petite « bête noire » de cette Arcadie, ce passage aurait, à mon sens mérité plus d’intimité encore. La muséographie n’est pas chose évidente.  A ces murs trop distancés, ces éclairages diffus et ces espaces trop coulants j’aurais préféré une lumière plus tamisées. Où seules les œuvres ressortiraient, où malgré l’abondance d’un public on aurait pu se croire dans ces intérieurs mêmes.  C’est donc passant par les paysages d’un Bonnard en Normandie que l’on serait revenu  à des espaces plus larges et des lumières plus vivifiantes, cela progressivement. Tous cela pour finir Et in Arcadia Ego, dans l’Arcadie la plus totale de notre artiste aux toiles immenses, se confrontant à l’architecture.

La Symphonie pastorale, panneau décoratif pour Bernheim-Jeune, 1916-1920 Huile sur toile, 130 × 160 cm Signé en haut à gauche : Bonnard Paris, musée d’Orsay, don de la Fondation Meyer 2009, RF 2009-14 © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt © ADAGP, Paris 2015

La Symphonie pastorale, Huile sur toile, 130 × 160 cm, 1916-1920, © Musée d’Orsay / Patrice Schmidt.

Nicolas Poussin, ET IN ARCADIA EGO, huile sur toile, © Musée du Louvre

Nicolas Poussin, ET IN ARCADIA EGO, huile sur toile, 101 x 82 cm, 1628-1630, Musée du Louvre, Paris 


En Bref,

Isabelle Cahn nous fait découvrir un Pierre Bonnard mal connu du grand public.  C’est un surprenant parcours, non sans fautes, mais qui nous étonne de par le personnage qu’est Bonnard mais aussi de par la variété picturale de ses productions. Gardant à son œuvre des constantes de couleurs et de motifs. Dommage que la muséographie ait fauté, l’immersion In Arcadia en aurait été plus sensorielle. Mais à chaque individualité ses goûts et ses choix.

François MAILLET, Co-Chat Moka

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