État critique : Réflexions autour de la critique d’art

Photo-montage (Couverture du livre de Jacqueline Razgonnikoff et portrait d'Oscar Wilde)

Oscar Wilde écrit en 1890 dans The Critic as Artist

« An age that has no criticism is either an age in which art is immobile »

« Une époque qui n’a pas de critique est une époque où l’art est immobile »

C’est dans ce fameux dialogue entre Ernest et Gilbert que Wilde nous éprouve ces idées mais nous allons voir qu’elles peuvent s’appliquer aujourd’hui encore.

Nous avons, au début de l’année 2015 écrit au sujet d’une exposition à la cité Chaillot.  Nous avons pris le temps de voir quelles étaient les critiques des journaux à ce sujet et tous n’effleurent que du bout des doigts l’idée d’un Viollet le duc destructeur d’une vérité architecturale face au restaurateur et sauveteur des cathédrales. Sous prétexte de ne pas parler de débat on switch tout un pan intellectuel de la perception Viollet-le-ducienne. Ce sont donc des critiques simples et trop fades à mon gout.

Dans son livre de 2011, « de Diderot à Roland Barthes, Eloge de la Critique » Jacqueline Razgonnikoff s’attriste d’une critique se limitant aujourd’hui à quelques lignes engoncées « entre une rubrique People et les indispensables programmes de la toute puissante télévision ».

C’est entre autre un livre que je vous conseille sans hésiter mais surtout avec lequel je suis tout à fait en accord.  Nous avons à faire à des journaleux assoiffés de faire vendre et d’aller [se] faire voir. C’est bien trop souvent que l’on peut lire les mêmes salades affables, les fatalités les plus fades et donc le plus à même de se retrouver dans tous nos médias.  Dans quel intérêt ces critiques sont-elles écrites? Dans quelles propensions ces quelques lignes font elle avancer la culture ? En quoi sont-elles utiles ?

Il est temps de retrouver l’humain, l’humanisme ! De vivre pour la connaissance et pour l’enrichissement intellectuel ainsi que pour le partage !  Pour reprendre le départ de ce billet d’humeur, Wilde le dit très bien, l’art ne peut avoir d’avenir sans critique, sans réaction acide et parfois violente. La critique se doit d’être réfléchie par des gens cultivés, à même de pouvoir faire avancer l’humain qu’est l’artiste sans irriter son amour-propre. L’humain définir alors le concept de critique qui permet en elle-même de renouveler les formes de l’art.

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Qu’ils s’agissent de nos énarques, de nos pop-stars préférées ou de votre voisin qui squatte votre place de parking, ce sont toujours les mêmes questions : la presse devient rébarbative. On veut savoir qui est telle personne, son histoire… Pourquoi n’irait-on pas demander son avis culturel à un patron de multinationale ? Pourquoi Delphine de Vigan ou Katherine Pancol ne s’essayeraient pas à des interviews mode ou musique ?  Pourquoi tout autant se limiter à l’avis « des vainqueurs » ? Certes les journaux commencent à voir au-delà des limites établies, mais c’est une refonte de l’actualité elle-même qu’il faut envisager. Il faut informer non pas unanimement mais s’engager sans pour autant faire de propagande, les journalistes se doivent d’être libres mais à force de vouloir fournir les faits objectifs ont fini par n’avoir que des banalités, les médias ratissent large pour faire grimper l’audimat !

A quoi bon nous montrer les marchés de Provence tous les midis sur la vénérable chaîne TF1 alors qu’il y aurait tant d’autres choses à dire ?  L’information est devenue loisir, la politique est devenue spectacle, la presse est désormais l’avis unique et universel.

Où est l’époque bénie du journalisme engagé ? Des crieurs de journaux politisés dans les rues ? Des critiques influents et sans pitié ? L’humanisme manque dans ce monde de lettres asséchées où l’on cherche la rentabilité d’une culture qui tente de vivre. Pour terminer comme j’ai commencé cet article je vous laisserais sur la réflexion qui suit : si la critique devient aujourd’hui affaire de commerce, de productivité, comment veut-on faire un art non commercial ?  Notre art est-il alors mobile [selon la pensée d’Oscar Wilde] ?  à t-il une chance de prospérer ?

Bien à vous  !

Votre Chat-Moka, François MAILLET

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