Penser l’histoire du futur : 2/3 Une question technique : Le tweet, le post, le follow

Dans un monde où règne le paradoxe de l’évolution (du numérique) et la crise financière, on semble apercevoir difficilement le futur, certains le voient flou, d’autres de manière pessimiste… les crises financières ont souvent eu pour conséquence une idée de l’après plus positive, presque utopique. L’histoire du futur n’est pas une question aisée, nous allons dans ce second article essayer de philosopher, de discuter autour du sujet. Mais comment aborder un sujet dont on ne sait rien, nous connaissons l’histoire actuelle, les medias, l’information, mais cela dans 60 ou 100 ans aura sans nul doute bien changé.

Je ne m’appellerai plus Chat Moka si je ne répondais pas qu’il faut l’aborder de manière critique. Sans aller chercher dans le futur, nous voyons que le tweet a envahi nos journaux, après Facebook, Twitter à  lancé la réaction instantanée : L’information est brève et va vite. Succincte donc concentrée, souvent acide elle prend même parfois la place du journaliste. En effet certaines actualités couvertes par les medias contiennent régulièrement autant de Tweet que de contenus d’article. Nous pouvons le voir comme une extension de l’expression des populations mais, internet étant souvent un terrain de défoulement – où l’utilisateur se sent protégé de tout et se permet donc de lâcher les sentiments les plus extrêmes dans un l’idée conformiste du buzz et dans l’envie du « plus de clics ».  On peut alors se demander si c’est correct.

Mon avis est que le métier de journaliste se doit d’être redéfini, que les tweets n’ont à faire ici que le leur rôle de témoignage, d’avis…

Pour ce qui est de la communication les historiens feront plusieurs constats :

I : Les modes de Communications sont disparates et denses.

Nous vivons dans un monde de mots, subversifs parfois mais aussi d’images. Nous sommes entourés d’images travaillées et réfléchies car après tout notre culture mondialisée, tout au plus en France, résulte d’une évolution de nos origines Gréco-romaines (monde d’image par excellence). D’un côté nous retrouvons des medias depuis longtemps utilisés : L’affiche, le tract, les journaux.

izis bidermanas 1960 homme lisant à montmartre

BIDERMANAS, Izis, Homme lisant son journal à Montmartre, 1960

La communication sur ce point n’a pas tellement changé depuis le XXème siècle, si ce n’est peut-être un écart gigantesque de la part artistique que l’on pouvait trouver dans les affiches de la seconde moitié du XXème siècle. La femme est bien entendu en premier plan, le sexe et le désir tout comme l’argent sont des arguments premiers pour faire vendre, adhérer ou réfléchir. D’une autre part nous voyons une morale qui semble pointer le bout de son nez (en dehors du sexisme déjà présent depuis longtemps, Ex = publicité sexuée selon le public visé). Néanmoins les graphistes et agences publicitaires redoublent d’énergie et ainsi le borderline, ces prémices d’idée de révolte que l’on peut même quasiment mettre avec le peu d’art encore présent encore dans la publicité devient « à la mode ». C’est à celui qui fera donc le plus gros « buzz ».

Atelier populaire 1968 affiche beaux arts

Atelier populaire de mai 1968 à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris où de nombreux artistes ont participé mais également des étudiants, des inconnus…

Le tract est toujours très négativement perçu, il y a une idée de sollicitation trop directe dans un monde où tout peut paraitre « prémâché ». Pour ma part, j’ai toujours entendu dire « pour 100 Tracts, c’est 10 qui le lisent sérieusement, et 1 personne réellement touchée », je ne suis jamais vraiment emballé par les statistiques de ce genre. Les tracts se font de plus en plus rares et laissent place a de l’écrit directement en boite. Avec les initiatives écologiques, le tract devient numérique, quitte à devenir la publicité que l’on mettrait aisément dans nos Spam.

tract apres la barricade d'alger en1960

Tract dans la rue après la barricade à Alger en 1960

Les journaux en kiosque, je ne crois pas en la disparition complète de la version papier malgré l’utilité et l’usage toujours plus grandissant des abonnés aux versions internet des plus grands journaux. Ainsi Rue89 et autres Mediapart nous montrent l’influence du numérique sur l’information dans notre vie.

Face à ces modes hérités des siècles précédents, nous trouvons les petits nouveaux : Les biens nommés Facebook, Twitter, Instagram…

Je crois que Le problème est global avec ces modes de communication, c’est la question de l’algorithme qui décide ce que vous allez voir, c’est le choix de la censure chez Facebook ou les pages de journaux Web bourrées de Tweet. Combien de fois avez lu des articles où les tweets étaient plus nombreux que l’écriture du journaliste ? À la manière de BFM TV où l’information n’est presque pas traitée et nous est servie à la sauce d’un Show Américanisant, le métier de journaliste a énormément évolué et n’est ce qu’il était qu’en montant en « gamme » (c’est à dire soit dans du journal politisé, soit dans du spécialisé).

reseaux sociaux

II/ La question de traitement de l’histoire future

« Une époque qui n’a pas de critique est une époque où l’art est immobile », Oscar Wilde, 1885.

J’amenderai ce cher Monsieur Wilde pour vous soumettre ainsi la question : Une époque qui n’a [Presque] de critique peut-elle avoir un art qui évolue ? C’est William Chevillon, Médiateur culturel à La Roche-sur-Yon, qui endossera le rôle de Chat Moka pour le prochain article et essayera de voir notre vision du futur au travers des arts. Histoire de bien traumatiser ce cher Oscar j’amenderai une seconde fois en posant la phrase ainsi « Une époque qui n’a pas de critique est une époque où l’information et l’Histoire sont immobile ». Car après tout l’information est ce qui fera l’histoire de demain (Bonjour le bazar !).

Alors, comment feront les Historiens dans 60 ans pour étudier tout cela, restera-t-il des traces ? Nous pouvons aisément imaginer la charge des journaux de constituer leurs propres archives mais il faut savoir que depuis (seulement)  les années 90, plusieurs état se sont dotés de servies d’archivages du Web. Bien sûr nous n’avons pas résolu les problèmes de stockage, et ces procédés, En Australie depuis 1996, au Canada depuis 1994 et à la B.n.F. depuis 1992, il y a des services d’archivage de l’Internet mais ce n’est pas l’entièreté du web qui fait l’objet de ces services mais des sites particuliers tels que tout ce qui concerne les campagnes électorales… Malheureusement je crains que Chat Moka ne soit pas redécouvert par des archéologues du Web dans 100 ans… 🙂

Mais la question est intéressante car nous avons aujourd’hui la possibilité d’étudier les plus rares revues parvenue jusqu’à nous. Nous pouvons alors nous demander  ce qu’il deviendra de leurs équivalents actuels (Blogs, website…). ne pas prévoir cette question c’est quelque part une entorse faite à l’histoire du futur.

Nous comptons aussi sur l’action de la recherche française (mais pas que !)  Qui prend à bras le corps ces questions. C’est le cas du projet Euchronie.org qui s’est donné pour mission de glaner au travers du Web les sites d’auto publication sur l’Histoire et d’en créer une base de données. Ce projet donne lieu à des publications sur un site qui sera disponible courant 2016 mais aussi à des billets simplifiés sur le blog https://euchronie.hypotheses.org/.

euchronie

Sommes-nous réellement préparé à faire face à tous ces medias ? Aujourd’hui je pense que non. Les universités ont déjà bien du mal à former à l’outil informatique, les élèves étant parfois plus qualifiés que les professeurs sur le sujet… seulement quelques écoles de journalisme, de communication le font, à mon avis, correctement. Le but de l’Université actuelle devrait être de redéfinir les programmes d’enseignement, tant sur le fond que sur la forme. Nous évoluons dans un système [re]construit au XIXème siècle (même si existant avant), l’évolution des medias fait que l’enseignement ne suit pas assez rapidement et devient peu à peu obsolète. Nous devons redéfinir le rôle de l’université au niveau global. Elle se doit d’être audacieuse et voire initiatrice des techniques nouvelles d’archivages du Web.

La complexité et la surabondance d’information va de pair avec la diversité des points de vue malgré une certaine uniformisation de l’information elle-même. Il faut juste espérer un peu de clémence de la part des futurs historiens qui seront confrontés à cela et prendront de plein fouet le conformisme et la bêtise patente sortant tant des médias classiques que du web.

Comment devrons-nous aborder un Tweet ? Un post Facebook ? Que va-t-il rester de tout cela ? Ce sont des questions qu’il est important d’aborder afin de palier aux potentielles lacunes du patrimoine culturel tant matériel qu’immatériel de notre époque. Sommes-nous préparé à écrire l’histoire de cette manière-là ? Sommes-nous formé ou formaté à traiter l’histoire d’une certaine manière ? Celle-ci convient-elle à une certaine histoire du futur ?

La troisième partie concernera la vision du futur au travers des arts, c’est William Chevillon, médiateur culturel et amoureux du patrimoine, qui a gentiment accepté de traiter le sujet pour Chat Moka.

Bien à vous,

Chat MOKA

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