À plume ou à Poil !

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Après le vide intersidéral sur Chat Moka durant les fêtes, j’ai interviewé Mauve LEROY, jeune entrepreneure pétillante qui vient récemment d’ouvrir son second magasin éthique et plus qu’original à Poitiers. (Quand les poules & Poils de Carotte)

Il vous reste surement à trouver des cadeaux originaux et peu banals pour vos amis (Chat Moka par exemple …) pour le Réveillon ou simplement par générosité. Cela tombe parfaitement bien car une nouvelle boutique nommée Poils de Carotte vient d’ouvrir rue Saint Nicolas !

Mauve

Bonjour Mauve,

Le Chat-Moka aime venir jeter un œil régulièrement aux nouveautés de ta (et tes) boutique(s). On y trouve toujours de quoi faire plaisir. Jamais trop sérieux, toujours décalé et hors des sentiers battus, plein de petites merveilles à découvrir entre Quand les poules & Poil de carotte.

Parlons un peu de toi, Comment en es-tu venue à l’entrepreneuriat ?

Dès mes premières expériences professionnelles, j’étais très indépendante, je travaillais beaucoup en télétravail et autonomie complète. Mon dernier poste offrait beaucoup moins de liberté et a fini par mener à un burn-out. J’ai construit pendant 6 mois une nouvelle orientation professionnelle plus en accord avec ma façon de travailler. Je ne trouvais aucune structure ni projet similaire au mien. On n’est jamais mieux servi que par soi-même paraît-il, alors j’ai créé ma propre société.

L’entrepreneuriat est un métier à part entière qu’on n’apprend que sur le tas. J’en découvre encore de nouveaux aspects chaque mois.

Pourquoi avoir choisi un tel concept de boutique ?

Dans mon ancien métier (directrice de communication en environnement), j’étais amenée régulièrement à tenter de valoriser des initiatives originales et/ou plus vertueuses. Par exemple, optimiser les circuits de collecte des déchets tout en communiquant en amont pour en produire moins permet de réduire les embouteillages liés à la lenteur du camion dans la rue, réduire la pollution produite pour cette collecte et réduire l’empreinte de chacun.
La même logique doit s’appliquer à la production des objets. Qu’on fasse faire le tour du monde a un tee-shirt (le premier pays produit le coton, un second le traite, un troisième le tisse, un quatrième l’assemble et le dernier coud l’étiquette et le vend) est parfaitement absurde.
Il n’existait aucune Boutique où toute la sélection avait été réfléchie en amont avec cette logique globale. Valoriser les savoirs et savoir-faire par des articles plus éthiques, plus écologiques, plus locaux permet de changer les habitudes et les réflexes d’achat des consommateurs qui deviennent ainsi plus acteurs.
L’autre aspect du projet était de valoriser les liens sociaux et locaux. Le commerce de proximité se meurt et pourtant ce n’est pas dans une grande surface ou sur Internet que vous trouverez un humain souriant pour vous renseigner ou vous aider à trouver exactement ce qui vous ferait plaisir…

village miniature chez QLP

J’imagine que c’est un peu ta petite gloire que de dénicher des objets toujours plus insolites et géniaux. Cela doit te ravir de dénicher ces petits trésors qui feront le bonheur des autres…

J’ai travaillé un an sur le projet avant d’ouvrir la première boutique, afin de constituer un carnet de marques et Créateurs cohérent. Et je continue de chercher ou me renseigner. Je suis la première à m’émerveiller ou m’émouvoir des découvertes que je fais. La plus grande récompense est de voir les destinataires sourire à leur tour.

QLP
Quand les Poules ? Une suite à cette question/phrase ?

Quand les poules auront des dents. Une expression française intraduisible qui signifie jamais.
Il y a aussi un côté science-fiction un peu inquiétant à la Georges Orwell quand on imagine des poules pleines de dents. Je ne veux pas connaître ce futur là.
Comme il ne faut jamais dire jamais, que je préfère l’avenir sans manipulations génétiques hasardeuses et que je suis une fille sympa qui ne mord pas, j’ai coupé la fin de la phrase .


Poils de carotte ? Tu fais une fixette sur les animaux ?

Pas du tout, c’est un heureux hasard.
Je n’avais pas vraiment pensé à l’animal pour Quand Les Poules… Surtout à l’expression.
Poils de Carotte c’est une référence à la teinte rousse. Au livre de Jules Renard qui a le poil au singulier. Une ode à la résistance d’un petit humain contre des grands dadais, un pied de nez aux idées toutes faites, le triomphe de la ruse espiègle contre la cruauté.
Poils de Carotte c’est aussi une Fifi Brindacier, un être se donnant les moyens de vivre (et non survivre), chose en voie de disparition dans un monde toujours plus policé aux idées très arrêtées.
J’ai pensé cette boutique comme un refuge de l’intelligence juvénile spontanée contre la logique barbante et stérile de certains adultes.
Et puis évidemment j’ai trouvé drôle que le renard et la poule soient amis. D’ailleurs le premier chapitre de Poil de Carotte s’appelle… « Les poules » …

C’est une question personnelle mais j’aime à croire au concept du Musée Imaginaire de Malraux, Cette idée de l’album photographique de la culture universelle… Dans qu’elle environnement à tu grandi ? Avais-tu des passions ? Des rêves ?

J’ai grandi dans une famille recomposée, aimante, à l’écoute et qui m’a transmis un maximum de clés de compréhension du monde et des rapports humains. J’ai toujours eu 2 maisons avec 2 écosystèmes différents. Des livres, de la musique, des Kapla, des Lego, des cours de cuisine, passer des heures au jardin, quelques jeux vidéos, beaucoup de sport, des balades en forêt et à la mer, mon enfance se résume à ça. Ça ouvre les perspectives !


J’avais une passion pour l’art en général, je lisais tout, je passais des heures au musée, je trainais ma grand mère dans les expos classiques et contemporaines… Architecture, peinture, sculpture, mode, ameublement… Tout y passait. Je faisais une dizaine d’heures de cirque par semaine dès mes 12 ans (trapèze, saut à l’élastique, trampoline, contorsion). J’adorais les super-héros et la science-fiction, les comédies musicales kitsch et angoissantes comme Starmania ou les spectacles du Cirque du Soleil.
Mes rêves c’était de faire le tour du monde en bateau, il n’est pas trop tard pour ça… Et de trouver un métier que j’aime, ça c’est de plus en plus tangible


C’est triste mais je crois que les gens, les poitevins n’ont pas assez conscience de la profondeur du concept de ta boutique !
Que penses-tu que les gens doivent faire pour agir à leur niveau ?

Je ne suis pas donneuse de leçon mais je peux conseiller si on me sollicite. Pour que quelqu’un agisse, il faut avant tout qu’il en ait envie et qu’il comprenne en quoi c’est important.
Les résultats des dernières élections sont significatifs : on ne vote pas car on n’en voit pas l’intérêt. Et lorsqu’on vote, on donne son pouvoir à des extrêmes, par provocation autant que par désarroi…
Je suis de la philosophie de Pierre Rabhi, il faut des moteurs qui avancent et donnent envie aux autres de nous rejoindre. Moi j’avance, je convaincs petit à petit, et plus on s’intéresse à mes boutiques, plus on comprend la profondeur du concept qui va avec. J’ai moi-même des moteurs plus gros que moi que je suis, ces moteurs ont eux-mêmes des moteurs…

Si tu avais dû vivre/naitre à une autre époque laquelle serait-ce ?

Celle de mon père : un babyboomer. Ils avaient les clés en mains pour tout changer mais ils se sont arrêtés en chemin. Il fallait non seulement travailler à leur liberté mais aussi assurer celle de leurs enfants dans de bonnes conditions. Ils se sont fait rattraper par l’ultracapitalisme qui a phagocyté les générations suivantes, nous.
Si les grandes orientations en matière d’environnement avaient été prises avec fermeté à l’époque, on ne serait pas dans l’impasse coûteuse que nous vivons aujourd’hui.

Tu as été étudiante, quels conseils donnerais-tu aux étudiants de la SHA Poitiers ?

Mon seul conseil c’est de profiter au maximum de cette période de découvertes et construction de son identité. De prendre le temps. Si vous ne savez pas où vous inscrire à la rentrée, ne cherchez pas une formation à tout prix, prenez un an pour faire le tour du monde ! Les études seront encore là à votre retour ! En revanche, une fois dans votre formation, donnez-vous à fond, obtenez votre diplôme haut la main car vous l’avez choisi et vous méritez d’être le meilleur
J’étais et suis toujours une boulimique de travail. L’image de l’étudiant qui fait la fête tout le temps et obtient ses partiels aux rattrapages, je n’ai pas connu. Et si c’était à refaire, je ne changerais rien
Le temps étudiant offre cette incroyable liberté de vie en décalé. On peut aller au musée, au cinéma, à la bibliothèque en dehors des périodes de rush et mieux profiter des choses tant que c’est gratuit ou à tarif réduit. Par exemple, pendant ma prepa, j’allais presque chaque jeudi soir au Musée. Je prenais une heure pour étudier une ou deux œuvre en détails. Et puis, je rentrais me remettre au travail.
J’étais aussi très impliqué dans Radio Campus Paris, j’y avais des émissions, des chroniques, des responsabilités administratives…

Fifi Brindacier, Georges Orwell, Jules Renard, tu commences à me dépeindre un univers plutôt éclectique… si tu ne devais retenir qu’un livre, un film et un artiste… je t’écoute !

Un livre seulement ? Très difficile… J’hésite entre « Max et les maximonstres », « Le rouge et le noir » et « La horde du contrevent »(Damasio) mais s’il ne fallait en garder qu’un ce serait « Les cerfs volants » de R. Gary
Un film, Breakfast at Tiffany, Le Mépris et Mary Poppins. Bon d’accord ça fait 3
Un artiste, encore plus difficile. Un personnage plutôt : celui de l’homme volant dans le spectacle Alegria du Cirque du Soleil.

Comment imagines-tu l’avenir pour toi, tes projets ? Pour Poitiers ? Le monde ?
J’ai monté des projets énormes ces dernières années, il me faut un peu de temps pour les consolider. Je prends énormément de plaisir à former mes employées, des jeunes à qui je veux transmettre des valeurs de travail justes, épanouissantes, avec rigueur et réflexion approfondie.
Il y a 5 ans, j’ai pris un aller sans retour pour la Suède, je suis néanmoins revenue en France. Dans 2 ans, les élections nationales me feront peut-être prendre la route à nouveau. Peut-être sera-t-il temps de le faire ce tour du monde à la voile ?

Quelques liens :

Le site de Quand les Poules 
Le site de Poils de Carotte viendra prochainement

Page Facebook de Quand les Poules & Poils de Carotte

Voilà, j’espère que la découverte de la belle personne qu’est Mauve Leroy et de son univers vous donneront l’envie d’aller découvrir ses boutiques.

Bien à vous,

Chat Moka ❤

 

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Automne-Hiver 2015 : La renaissance des 60’s

 » Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. »
Antoine LAVOISIER

Quand Antoine Lavoisier (1743-1794) utilise cette paraphrase du philosophe grec Anaxagore de Clazomènes, pour expliquer l’équilibre des différents éléments chimiques, il n’a jamais du se dire que celle-ci pouvait être applicable pour le domaine de la mode vestimentaire. Et pourtant, l’équilibre des époques provoque, au fil des décades, un mélange surprenant et décapant au niveau du style. La génération du début XXIe siècle s’habille, écoute, voire mange comme nos grands-parents. Pull court, pantalon chino ¾, mocassins, etc. Les grandes maisons de prêt-à-porter ont donc profiter de l’occasion pour remettre au goût du jour des coupes et couleurs d’il y a soixante ans.

Les années 1960 présentent deux périodes vestimentaires bien distinctes : celle du début de la décade, de 1960 à 1964, où les codes fifties sont encore ancrés, avec cols roulés, jupes étroites, chemisiers pastel et vestes unies à chevrons, escarpins classiques aux tons neutres et souvent sombres ; le tout sans excentricités. Jackie Kennedy incarne parfaitement ce style de tenue, vestimentaire et comportemental, la morale dicte ces comportements.

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1. le fameux tailleur Chanel (source : desperatelyseekingsparkle.com)
2. source : ohmymag.com
3. source : vintagefashionguide .com

Pour les hommes, les costumes trois pièces avec gilet cintré sous une veste assortie, mouchoir dans la poche gauche, reste un classique : la série Mad Men illustre cet exemple.

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Source : theguardian.com

image 3Source : hollywoodreporter.com
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Source : indiewire.com

Après 1964, et ce jusqu’en 1969, avant l’arrivée des Hippies, la mode féminine se libère petit à petit : robes trapèze, minijupes, robes chemisiers, cuissardes, couleurs vives ; le tout surmonté d’une choucroute à la Bardot. Les hommes prennent exemples sur les Beatles, et autres groupes anglais que le vent britannique importe au-delà des mers Atlantiques et de la Manche. Des acteurs comme Steve Mc Queen, avec ses gilets à fermetures éclair, ou des chanteurs comme Tom Jones ou James Brown, avec leurs rouflaquettes et bananes, vont clairement instaurer une mode masculine « fémininisée » : le Swinging London montre que le « sexe fort » se préoccupe de son apparence, et impose la mode comme un jeu, où toutes les semaines, un tel accessoire se ringardise au profit d’un nouveau soit plus coloré, soit à la coupe différente de quelques centimètres au niveau des poignets.

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1. Tom Jones (source : mirror.co.uk)
2. James Brown © Jean-Marie Perrier

Pour ce qui est du maquillage, les yeux sont lourdement fardés et le visage poudré de tons naturels (rose pâle, pêche, corail). Le mascara épais étoffe les grands cils, les faux aident les petits cils, le crayon souligne le regard, et les lèvres sont nues et souvent assorties aux ongles. Des modèles, comme Pattie Boyd, Penelope Tree ou Brigitte Bardot (encore) peuvent vous aider.

coiffure

Pattie Boyd © Pinterest.com
Penelope Tree © luneblog.com
Brigitte Bardot © Le Mépris (1963) de JL Godard

Et les bijoux dans tout ça ? Oubliez les breloques hippie. Le must have c’est la perle ! En collier, en bague, en boucles d’oreilles, en bracelet…

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Romy Schnedeir © Abaca
Catherine Deneuve
Sylvie Vartan © Jean-Marie Perrier

Dans le palmarès des enseignes de prêt-à-porter, la marque espagnole Zara tient le bon filon :

FEMME

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Pull en maille – 29.95 euros
Jupe avec poches avant – 19.99 euros

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Robe forme trapèze – 49.95 euros
Robe en microjaquard – 39.95

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Robe en daim – 59.95 euros
Robe color block – 39.95 euros

HOMME

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Polo jacquard – 25.95
Pantalon chino avec ceinture– 39.95
Chelsea boots – 79.95

Manches du polo et pantalon chino à retroussé, chaussettes accordé au polo et visibles.

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Blazer ensemble – 129
col roulé – 59.95
Mocassins – 69.95

D’autres marques de prêt-à-porter comme Pimkie, H&M, ou cache-cache par exemple suivent le même ordre. Mais avouons-le, les prix sont relativement cher et vous constituer une garde de robe dite « vintage », c’est mission impossible. Une seule solution pour les étudiants fauchés (comme moi) : les friperies ! Des deuxièmes mains d’origine, pas faussement vendus, qui vous donneront une véritable valeur à votre style rétro.

A vous de jouer 😉

Hélène Jevaud pour Chat Moka

Portrait de Radio Pulsar par Chat-Moka

Ma chère Pulsar, il m’est drôle aujourd’hui de vous parler ainsi car ayant passé nombre d’heure à vous écouter, il m’apparaît aujourd’hui que vous ne me connaissez pas. Qu’importe c’est vous qui nous intéressez. J’avoue que Proust doit se retourner dans sa tombe à voir mon Questionnaire m’enfin …

Commençons simple :  Pourriez-vous me parler de la qualité que vous préférez chez une radio ?

Son cosmopolitisme, sa diversité, son éclectisme !
A Pulsar, on milite pour un monde coloré et joyeux. Pour cela, on aime les radios associatives, les radios communautaires, les webradios, les radios libres, les radios musicales, expérimentales… et surtout les radios campus, ferarock et publiques !

Ce que vous appréciez le plus de vos invités ?
Leur ponctualité, d’un point de vue pratique.
Leur générosité, d’un point de vue radiophonique.

Chat Moka : Ça c’est tout nous !!! on est jamais en retard et nous aimons les chansons sortie dont on ne sait où … après coup, Chantal Goya et Thierry le Luron illustrent ici plutôt bien ce que vous êtes !

Un souvenir en particulier  ?
Il y en a mille. Impossible de choisir.

Moi je me souviens de vos 30 ans, c’est pas si loin après tout.
En plus, Chat Moka reconnait plein de gens sur le Teaser#1, vous ne manquez pas d’humour et ça pour une radio c’est essentiel à notre sens ! Ce coté simple et franc qu’on aime chez vous…

Pulsar on dérive là !!! Parlons moins des autres et plus de  toi, enfin si vous permettez que l’on se tutoies ?

J’avoue faire preuve également de ce réflexe spontané, celui de tutoyer très facilement. C’est souvent par respect pour mes invités.

Soit sincère quel est ton principal défaut  ? Des péchés à confesser peut être ?

J’aurais adoré aller me confesser, cela m’aurait rappelé de vieux souvenirs de lycée, mais nous n’avons aucun péché à confesser… On dit même souvent de moi que je suis trop sage…

Chat moka lui se rappelle de se méfier de l’eau qui dort…

Quel est le plus beau souvenir que tu ais ?

Le jour où j’ai émis la première fois un son… et depuis, cela fait 32 ans que ça dure. Bon, je ne te cache pas quelques blancs, mais rien de bien méchant.

Votre occupation favorite  : La radio ? Facile … ouais celle-ci j’aurais pu trouver mieux.

C’est on ne peut plus vrai : la radio, c’est ma raison d’être, mon occupation favorite. Sinon, j’adore faire des concerts, aller aux expositions, j’ai un petit faible aussi pour les table-rondes, les débats, les conférences et les colloques… Et puis, on adore faire la fête aussi.

Tes vacances de rêve seraient plutôt  :

– Sur la terrasse du Plan B, un chaleureux soir d’avril, après un concert des Not Scientist
Un lundi soir, alors ! J’ai mon p’tit Scrogneugneu qui sera enchanté de venir…

– Glander sur les paves tout lisse de notre centre ville avec une compil électro-swing dans ton Walkman
On a beau faire tous les efforts du monde pour être ouvert, mais y’a des styles de musiques qui n’arrivent pas à passer par ma table de mixage. On essaye, mais ça passe pas : mes potards crachotent, mes tranches font grises mines, mes vu-mètres se ramollissent, non désolé l’électro-swing, ça passe pas…

– Mobilisation générale ! Tu fais signer des pétitions pour qu’on ait un nouveau concert de Cascadeur au Confort moderne
Ouh là, non ! Les pétitions doivent servir des causes citoyennes !

– Quoi ? Le mot vacance ne fait pas partie intégrante de ton vocabulaire
Là, est sûrement la vraie réponse…

Chat-Moka : Oui, c’était un peu pour éclaircir un paysage, votre horizon à nos lecteurs. Nous avons remarquez que Pulsar ne chaumait pas effectivement.

Tu veux faire quoi quand tu seras grand(e) ?
De la radio… Les étoiles en plus !

Le dernier livre que tu as lu ?

As-tu vu le nombre de lecteurs dans ma grille de programmes ? T’as de ces questions mon chat, parfois… !
Ok, on pourrait la poser  à mes animateurs les plus lettrés : « Le Zèle du Délire », leur dernière liste de lecture nous démontre qu’ils ont bon goût, les fourbes :
Walden ou la vie dans les bois – H D Thoreau – Gallimard L’imaginaire
Les lettres de non-motivation – Julien Prévieux – Zones
Le festin nu – William Burroughs
« Ma Bohême » – Rimbaud
Vernon Subutex – Virginie Despentes – Grasset
Journal d’un séducteur – Sören Kierkegaard -Gallimard
Marat – Jean Massin -Alinéa
Manifeste du parti communiste – Marx Engels
Americanah – Chimamanda Ngozi Adichie – Gallimard
La fille du l’optimiste – Eudora Welty – Cambourakis

A cela, j’ajouterai mon livre de chevet du moment : Une histoire de la modernité sonore de Jonathan Sterne..

Ton poète préféré ? 

Et bien, cette question mon chat, on la posera à « Slamatoova » ou aux « Détectives Sauvages ». Les uns répondraient sûrement « Grand Corps Malade » ou mieux « Linton Kwesi Johnson ». En ce moment, les autres te répondront sûrement Lewis Caroll, Arthur Rimbaud, Blaise Cendrars… Mais, avec ces derniers, ce n’est pas évident, ils changent d’humeur chaque semaine…

Chat-Moka: Nous aimons bien Slamatoova !!! Le jeu des 10 Mots nous plait beaucoup !

Tes héros de fiction préférés ? Mon C’est plutôt le Chat Botté, va savoir pourquoi ! Oui je n’ai jamais adhéré au slip par-dessus le collant de Superman…
Matthieu Gallet ?

superGallet
Chat Moka : Quelque chose de cet ordre ci ? 

Et dans la réalité ? Qui admires-tu ?  Un héros ?
Pierre Schaeffer ?

Un peintre/Artiste plasticien préférés ? (Attention les Chatons-Moka sont majoritairement des Historiens de l’Art)

Alors, je te passe la confusion entre peintre et artiste plasticien que sous-entend ta question et je t’invite à creuser du côté des architectes sonores dont les couleurs vont bien au-delà du prisme : Dominique Petitgand, Thomas Tilly, Jérome Noettinger par exemple…

Chat-Moka : J’entends par peintre une notion d’histoire, on ne peut, à mon sens pas parler de « plasticien » au XVIIIème siècle… Comme je vous l’ai dit, l’art, au sens général du terme, c’est notre Dada ! (Quel à-propos)

J’aime bien les futuristes aussi… Le Confort moderne et Rur’Art sont aussi des lieux qui nous titillent la rétine : Michel Blazy, Ruppert et Mulot, Matthew Barney, Damien Deroubaix, Georgina Starr, Jean-Christophe Averty…

Ah, mais si, un peintre… Je sais quel est mon peintre préféré : Moolinex bien sûr… Attention, c’est de l’art pute (et accessoirement un des fondateurs de Radio Vedette).

Chat-Moka : Je pense pouvoir dire que plusieurs Chatons-Moka apprécie le travail de Michel Blazy. pour ne citer que deux exemples, Sans titre (Derviches Tourneurs)  ainsi que les poubelles qui moussent : 

Vidéo par Samuel Quenault, un chaleureux Miaou aux copains du Château d’Oiron.

Ce que tu détestes par-dessus tout   ?
Le name-dropping, c’est hyper chiant.

Malheureuse ma bonne vieille Pulsar, c’est souvent un très bon moyen de se faire comprendre que de citer des noms. Cela aide à cerner un univers, à expliquer de manière parfois plus direct certaines choses.
 J’imagine que ce qui t’agaces c’est l’excès de noms connus pour impressionner (ou tout du moins essayer) et la frime à tout va que certain peuvent exercer sans aucune retenue. Oui je suis plutôt d’accord avec toi, Vous savez ma Pulsar, J’ai beaucoup lu Lao-Tseu (C’est faux) je l’ai même bien connu le bougre (Encore plus faux). Il disait tout le temps :

« Ceux qui savent ne parlent pas, ceux qui parlent ne savent pas. Le sage enseigne par ses actes, non par ses paroles. »

et il avait raison ! (Là ! C’est vrai). Après les noms que l’on vient de citer toi comme moi, le name-dropping en à pris un coup !

un film préféré ? Good Morning London ..? J’ai deviné ?
Tu veux dire Good Morning England ?

Chat Moka : Oui, excuse-moi, je ne suis pas un expert en cinéma, d’ailleurs notre blog recrute des étudiants cinéphiles pour écrire des articles sur le sujet si cela peut intéresser nos lecteurs. Pour ma part je ne suis pas un expert.

Alors pour cette question, je tire de ma besace les émissions le 12ème Art (émission musique et cinéma), Tea Time Ciné et Les Détectives Sauvages (encore eux)…
Sinon, c’est vrai, j’avoue, j’ai un faible pour « Radio Days » de Woody Allen, « La Maison de La Radio » de Nicolas Philibert, « Radio On » de Christophe Petit et aussi « Good Morning Vietnam » de Barry Levinson. Quand je regarde ces films, ça me donne des frissons dans le compresseur…

Good_Morning,_Vietnam maison radio RadioDaysPosterradio-on-web

Quel es ton état d’esprit actuel ?
Combative et amoureuse !

Chat-Moka : Oh ! c’est beau, tu as raison il ne faut jamais rien lâcher ! se battre pour ses rêves même si parfois c’est un peu fou.

as-tu une devise ?  Des traditions dans ta grande famille ?
Bisou

Nous c’est plutôt je concours de boule-de-poil, les ronronnements près d’un feu de cheminé, lancé de pelote de laine et un peu d’herbe à chat… Parfois….Maouuuu !

chat

Voudrais tu dire quelque chose à tous les Chatons-Moka ?
je n’ai pas de chroniques de Chatons-Moka sur mon antenne… Mais, comme tu le sais, on est une radio généreuse 😉

Sait-on jamais, peut être que d’ici peu,  Radio-Pulsar diffusera les premiers miaulements sur les ondes poitevines. Nous sommes un blog naissant et qui se débat encore pour vivre, c’est un projet qui pourrait nous intéresser… Affaire à suivre.

AIDEZ les copains de Radio Pulsar —> C’est par ICI !!!

En effet c’est une radio qui, cette année, à besoin de votre aide… Ils sont beaux, ils sont frais et intéressants et en plus : Ils font briller nos étoiles poitevines !!! Cela mérite un coup de patoune.

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WEB player Radio Pulsar —> C’est par Là !!!

Merci à Radio Pulsar d’avoir joué le jeu de ce questionnaire de Proust (Bien revisité) Un gros Miaou à toute l’équipe !!!

Bien à vous,

François MAILLET

J’ai redécouvert Pierre Bonnard :

Critique de l’exposition Pierre Bonnard, Peindre l’Arcadie

Affiche de l'exposition ©Musée d'Orsay

Affiche de l’exposition © Musée d’Orsay, Droits réservés

Portrait Isabelle Cahn ©Musée d'Orsay

Portrait d’Isabelle Cahn © Musée d’Orsay, Droits réservés

L’institution qu’est le Musée d’Orsay propose jusqu’au 19 juillet prochain une exposition élaborée par la fameuse Isabelle Cahn sur le Nabis Pierre Bonnard. C’est ainsi la seconde critique d’exposition que nous publions et comme l’écrivait Felix Fénéon nous tacherons de :

« Reconstruire de toutes pièces l’œuvre qu’on examine, au lieu de la scruter, de la démonter, d’en exposer le mécanisme »

Détail représentant Felix Fénéon sur une Estampe par Henri de Toulouse-Lautrec datée de 1894. "Le chariot de terre cuite".

Détail représentant Felix Fénéon sur une Estampe par Henri de Toulouse-Lautrec datée de 1894. « Le chariot de terre cuite ».  © I.N.H.A. Droits réservés

C’est donc une critique positive et exempte d’acidité que je vous propose au sujet de cet événement à ne pas manquer. Apres de nombreuses expositions sur le sujet autour du monde, c’est au tour de la France d’organisée ainsi une rétrospective de la vie et des périodes de production de l’artiste. Malgré les foules inhérentes, flânant entre ces murs éphémères je m’insère dans l’ambiance tamisée tel qu’en propose régulièrement l’établissement. Aux souvenirs d’une exposition récente sur le marquis de Sade, on embarque avec une part de multimédia et accompagne Bonnard en bateau lors d’un séjour en Normandie. L’exposition se décompose en plusieurs points que j’aborderais au fil de ma critique.

 Pierre Bonnard, Paravent, 1889 , © Droits réservés © ADAGP, Paris 2013

Pierre Bonnard, Paravent, 1889 , © Droits réservés © ADAGP, Paris 2013

Je m’aventure alors aux travers d’un Nabis Japonard, qui tend à l’art décoratif. Ce sont donc des panneaux que nous propose Bonnard, on y retrouve des motifs récurrents, des arabesques tachetées où notre artiste jongle avec les couleurs dissonantes. C’est alors un portrait attendu par tous que nous expose Isabelle Cahn. Mais essayerait-elle de nous mener en bateau ? Pourquoi annoncer de but-en-blanc un Bonnard que tout le monde connait ? C’est ici que La conservatrice en Chef du musée se laisse à nous faire découvrir un Bonnard inattendu.

Je peux ainsi constater une autre partie de l’exposition consacrée à un éloge de l’inconscient, nous faisant entrer dans une pensée oscillant entre Histoire de l’art et psychologie.  Quelle place occupe l’imprévu dans le processus créatif de l’artiste ?

Une section plutôt marquante de l’exposition !

Chose intéressante et qui tend à se démocratiser : c’est la place de la photographie dans les musées. C’est donc dans tous ces petits clichés que se construit notre vision de la réelle vie du peintre. Nous incitant à nous approcher de l’œuvre, quelque chose d’intimiste se produit, un quelque chose qui me plait beaucoup dans les expositions.

Marthe de Méligny « Pierre Bonnard, examinant une feuille », photographie (1900-1901). Négatif original

Marthe de Méligny « Pierre Bonnard, examinant une feuille », photographie (1900-1901). Négatif original.  © Musée d’Orsay ADAGP, Paris 2013 – Droits réservés

C’est le tour des intérieurs de Bonnard et c’est là que viendra la petite « bête noire » de cette Arcadie, ce passage aurait, à mon sens mérité plus d’intimité encore. La muséographie n’est pas chose évidente.  A ces murs trop distancés, ces éclairages diffus et ces espaces trop coulants j’aurais préféré une lumière plus tamisées. Où seules les œuvres ressortiraient, où malgré l’abondance d’un public on aurait pu se croire dans ces intérieurs mêmes.  C’est donc passant par les paysages d’un Bonnard en Normandie que l’on serait revenu  à des espaces plus larges et des lumières plus vivifiantes, cela progressivement. Tous cela pour finir Et in Arcadia Ego, dans l’Arcadie la plus totale de notre artiste aux toiles immenses, se confrontant à l’architecture.

La Symphonie pastorale, panneau décoratif pour Bernheim-Jeune, 1916-1920 Huile sur toile, 130 × 160 cm Signé en haut à gauche : Bonnard Paris, musée d’Orsay, don de la Fondation Meyer 2009, RF 2009-14 © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt © ADAGP, Paris 2015

La Symphonie pastorale, Huile sur toile, 130 × 160 cm, 1916-1920, © Musée d’Orsay / Patrice Schmidt.

Nicolas Poussin, ET IN ARCADIA EGO, huile sur toile, © Musée du Louvre

Nicolas Poussin, ET IN ARCADIA EGO, huile sur toile, 101 x 82 cm, 1628-1630, Musée du Louvre, Paris 


En Bref,

Isabelle Cahn nous fait découvrir un Pierre Bonnard mal connu du grand public.  C’est un surprenant parcours, non sans fautes, mais qui nous étonne de par le personnage qu’est Bonnard mais aussi de par la variété picturale de ses productions. Gardant à son œuvre des constantes de couleurs et de motifs. Dommage que la muséographie ait fauté, l’immersion In Arcadia en aurait été plus sensorielle. Mais à chaque individualité ses goûts et ses choix.

François MAILLET, Co-Chat Moka

C’est l’histoire d’une oeuvre d’art…

(c) Jer J Photogaphy.

(c) Jer J Photogaphy.

Pour tout universitaire, historien de l’art, une personne lambda qui tente d’aborder ce sujet, sans en avoir étudié les mouvements, les artistes, leur psychologie, les techniques employées, le fera toujours par la dérision, voire avec mépris. On a tous autour de nous un membre de notre famille, un ami, ou une simple connaissance qui, à la vue d’une œuvre contemporaine, comme celles de Michel Blazy par exemple, s’exclame que les ouvriers du chantier de restauration ont oublié leur matériel.

Michel Blazy (1966-), Sans Titre (Derviches Tourneurs), 1993, sacs plastiques blancs, dimensions variables, acquisition 1996, n° inv. 996.7.1., collection FRAC Poitou-Charentes, photo Christian Vignaud, (c) Paris, ADAGP

Michel Blazy (1966-), Sans Titre (Derviches Tourneurs), 1993, sacs plastiques blancs, dimensions variables, acquisition 1996, n° inv. 996.7.1., collection FRAC Poitou-Charentes, photo Christian Vignaud, (c) Paris, ADAGP

Mais si cette personne se trouve être artiste comique, humoriste, comédien… là, on se dit que les pires réflexions sont à venir.

Et pourtant, le 26 avril 2015, à 18h15, j’ai balayé mes à priori, ainsi que le cliché du belge qui traîne sa baraque à frite comme un boulet à la cheville.

Alex Vizorek, jeune homme de 34 ans, à l’allure de grand frère blagueur, débute sa formation par une école de commerce à Bruxelles (Solvay), dont il conjugue le temps avec une formation en journalisme. Ses diplômes en poche, il décide d’intégrer le cours Florent, à Paris, sûrement conscient que la voie empruntée ne lui convenait pas, ne lui ressemblait pas.

De l’art de la comédie à l’Histoire de l’Art il n’y a donc qu’un pas. Mais les deux peuvent-ils se marier sans tomber dans une forme de cliché méprisant ?

Me donnant rendez-vous au Petit Hébertot, je m’y rend sous une pluie battante. Malgré un léger retard de trente minutes, Alex Vizorek n’a pas pour autant annulé l’entretient. Il m’accueille dans l’unique loge du théâtre, vingt minutes avant son entrée en scène, dans le bal des changements de costumes et des « ah tiens, ça fait longtemps que j’t’ai pas vu, qu’est-ce que tu deviens? ». Pour tout dire, à ma vue, vêtu d’un magnifique caleçon écossais, l’un d’eux s’est précipité pour remettre au plus vite son pantalon.

Toujours charmant, Alex Vizorek me propose de m’installer, et c’est entre une dégustation de banane et un déboutonnage de chemise, que je lui ai donc posé mes questions :

HJ : Dans le dernier numéro de L’Oeil, il y’a une interview du premier ministre, Manuel Valls, qui s’est prêté au jeu du questionnaire sur ses goûts artistiques. Je vais donc vous en poser certaines.

AV : Allons-y !

On va faire la comparaison et voir ce que vous répondez.

Votre artiste préféré ? Goya car considéré comme étant « le fil conducteur qui relie la peinture du XVIIe siècle espagnol à la modernité ».

gauche: Francisco de Goya (1746-1828) , Le Sabbat des Sorcières (1797-1798), huile sur toile d'après une fresque, 43x30cm, Musée Lazaro Galdiano, Madrid / droite: Piero Manzoni (1933-1963), Artist's Shit (1061), contenu net 30gr, 4.8cmx6cm diamètre, œuvre composée de 90 boîtes de conserve cylindrique en métal

gauche: Francisco de Goya (1746-1828) , Le Sabbat des Sorcières (1797-1798), huile sur toile d’après une fresque, 43x30cm, Musée Lazaro Galdiano, Madrid / droite: Piero Manzoni (1933-1963), Artist’s Shit (1061), contenu net 30gr, 4.8cmx6cm diamètre, œuvre composée de 90 boîtes de conserve cylindrique en métal

Je vais répondre Manzoni, plus par provocation, parce que je crois qu’il a été le plus loin. Mettre de la merde en boîte…

– et encore, on ne sait pas si il y en a vraiment !

– Si, mais on ne sait pas si c’est la sienne, ou de certains animaux. On sait que c’est de la merde, parce que certaines ont été ouvertes. Mais c’est de la merde, je vous le confirme ! (rires)

L’artiste qui vous a le plus ému ? Xavier Valls (père)

gauche: Xavier Valls (1923-2006),  Portrait de Manuel / droite: Salvador Dali (1902-1989), Galatée aux sphères (1952), huile sur toile, 65x54cm, théâtre-musée Dali, Figueres, Espagne

gauche: Xavier Valls (1923-2006), Portrait de Manuel / droite: Salvador Dali (1902-1989), Galatée aux sphères (1952), huile sur toile, 65x54cm, théâtre-musée Dali, Figueres, Espagne

Ému… c’est une bonne question ça… Si c’est un peu toutes les émotions, je vais dire Salvador Dali parce qu’il m’a fait peur. J’étais gosse, et on a été à Cadaqués, en Espagne… une espèce de maison avec des merdes en or au-dessus… et ça me faisait peur. C’était la personnification même de l’artiste…

Les artistes actuels qui vous font le plus réagir ? Pierre Soulage et JR (sans explications)

gauche: Pierre Soulages (1919-), Peinture de 181x244cm, 25 février 2009, triptyque (c) ADAGP, photo S. Degroisse / droite: Banksy, Mona Lisa bum

gauche: Pierre Soulages (1919-), Peinture de 181x244cm, 25 février 2009, triptyque (c) ADAGP, photo S. Degroisse / droite: Banksy, Mona Lisa bum

J’ai pas encore fait ma totale analyse du Street Art. Je ne sais pas si c’est bien que des gens dessine sur des murs. Mais après, on est aussi en droit de se poser des questions sur Jeff Koons… mais tant que les gens achètent, je trouve qu’ils ont bien raison. (« Si ça se vend, c’est de l’art » Frank Lloyd Wright)

– Donc vous pensez de manière pécuniaire…

– Ah non… C’est drôle mais depuis Manzoni, on a pas fait mieux dans le foutage de gueule. Mais je trouve que ce sont des questions intéressantes. Et je n’oserai pas investir moi-même en art moderne, parce que, du jours au lendemain, on peut décider que ça ne vaut plus rien.

Votre œuvre préférée ? Ma prochaine découverte.

La boîte à merde de Manzoni (rires). Non, parce qu’on croit que je ne parle que d’art contemporain, je pourrais en citer d’autres… mais je trouve que celle-là est vachement forte.

La visite la plus marquante d’un musée ? La grotte Chauvet (promo n°1)

gauche: Grotte Chauvet-Pont-d'Arc / droite: Guggenheim Museum, Frank Lloyd Wright (1867-1959), 1939, Manhattan New York City (c) guggenheim.org

gauche: Grotte Chauvet-Pont-d’Arc / droite: Guggenheim Museum, Frank Lloyd Wright (1867-1959), 1939, Manhattan New York City (c) guggenheim.org

Le musée Dali à Cadaqués… enfin c’est parce que j’étais jeune. Après, j’ai vu autre chose, comme la peinture vénitienne à Venise, le Guggenheim de New York pour l’architecture, plus que pour Malevicth : quand on a 12 ans 1/2, on se dit qu’on peut le faire soi-même, mais que c’est quand même de l’art, et ça reste du génie. Il y a aussi le musée Alphonse Allais, à Honfleur, qui est le plus petit musée du monde, et qui, pour le coup, est un musée imaginaire.

Le musée où vous aimeriez resté enfermer ? Le musée Picasso à Paris (Promo n°2)

Mon musée préféré, c’est Orsay. Je trouve qu’il est très beau… Mais je me demande si je préférerais pas faire des blagues avec les sculptures du Louvre. Vu que mon métier, c’est de faire des blagues… Quitte à en profiter… je n’oserai pas toucher un tableau, mais une sculpture, oui. Donc plutôt le Louvre, parce qu’il y a beaucoup de sculptures, donc plein de blagues potentielles (rires).

Vivez-vous entouré d’œuvres ? « Je vis avec une artiste dont la sensibilité me transporte vers un autre univers. »

gauche: Anne Gravoin (c) rue89.nouvelobs.com / droite: Federico Fellini, La Strada (1954)

gauche: Anne Gravoin (c) rue89.nouvelobs.com / droite: Federico Fellini, La Strada (1954)

J’ai pas les moyens…

– mais cela peut-être des images, des reproductions.

Ah, euh… non. Je suis pas dans le côté « je m’achète des faux tableaux, j’encadre un peu mal et je les met dans ma chambre… »

– Oui mais ça peut être des posters

Euh… non plus. En revanche, j’ai énormément de films. Beaucoup de cinéma italien, beaucoup de cinéma américain des années 1950. Je peux me dire que je vais regarder le Faucon Maltais (John Huston, 1941) pour me détendre.

Êtes-vous collectionneur ? Non, hélas faute de moyens (…).  Mais je collectionne les émotions et les souvenirs.

J’ai été très collectionneur de tout quand j’étais gosse. Et donc, je comprend hyper bien le vis du collectionneur, d’empiler des trucs qui se ressemblent… mais après j’ai arrêté complètement.

Après un bref aller-retour afin de préparer la mise en scène minimaliste de son spectacle, je poursuis mon interview :

Considérez-vous que l’art est un sujet aisé à aborder ?

Pour moi ça l’a été, puisqu’en humour, personne ne l’avait fait. Je l’utilise seulement comme support. L’humour, comme dit Bergson, c’est la surprise. Quand plein de gens ont déjà parlé d’un thème, c’est plus difficile de surprendre. Tandis qu’avec l’Art, je partais à zéro. Alors ça pouvait surprendre les gens qui ne pensaient pas être mort de rire avec ça. Il y avait déjà eu des sketchs sur l’Art Moderne, mais où les artistes inventaient des œuvres qui n’existaient pas.

Le thème de votre spectacle vous a-t-il donné envie d’étudier l’Histoire de l’Art ? Avez-vous envie de pousser l’érudition encore plus loin ?

Oui, je devrais le faire encore plus d’ailleurs. On m’offre beaucoup de bouquins sur le sujet. Et puis moi-même j’ai pioché, pour trouver des choses. Je ne vous dis pas que je suis le bon élève. Pour le cinéma, j’essaie de m’astreindre à du cinéma de grande qualité, où en tant cas des films considérés comme étant de grandes œuvres.

Si il fallait me convaincre de visiter la Belgique (rire étouffé par un morceau de banane), sachant que j’étudie l’Histoire de l’Art, quels arguments ou quel trajet touristique me proposerez-vous ?

Il y a le musée Magritte, le musée des Beaux-Arts de Bruxelles avec deux-trois chefs-d’œuvre comme La Mort de Marat de David. Sinon, on manque d’un beau musée d’Art Contemporain. Après, Bruxelles vaut pour tant d’autres choses : les bonnes bières en terrasse, la grande place qui me semble être la plus belle qu’il m’ait été donné de voir.

Jacques Louis David (1748-1825), La Mort de Marat (1793), huile sur toile, 165x128cm, Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles

Jacques Louis David (1748-1825), La Mort de Marat (1793), huile sur toile, 165x128cm, Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles

Actuellement en Master 1, je suis en pleine rédaction de mémoire, afin de valider mon année. Mon sujet se porte d’ailleurs sur les bains-douches…

– La boîte de nuit ?

(rire) Si vous parlez des Bains Guerbois, dans le 3e arrondissement de Paris, oui. Mais là je m’intéresse à leur première utilité, l’hygiène. Si vous étiez dans mon cas, quel sujet auriez-vous aimé aborder ?

Il y a tellement de trucs que j’aurais aimé faire… un sujet sur Hitchcock ; après, ayant fait des études d’économie, ce qui m’intrigue aujourd’hui, c’est l’économie de l’Art. Cela me semble être un sujet assez intéressant pour être en périphérie, sans forcément maîtriser les techniques. Et peut-être, le nihilisme dans l’Art.

Comme le thème de votre spectacle est basé sur l’Art, et que vous vous prenez pour une œuvre d’art, aimeriez-vous être modèle ?

Modèle ? Alors ça c’est une question qui amène à l’ego de l’artiste. Ego qu’on a tous. Mais je crois que pour monter sur scène, et raconter des trucs, il faut en avoir, sinon c’est se faire violence… ce que je ne souhaite à personne. Donc, oui, si on me le demande. C’est pareil pour le cinéma. Je n’ai pas encore fait de cinéma et les gens me posent rapidement cette question, puisque j’ai fait du théâtre. On me parle de cinéma comme si c’était l’échelon au-dessus, mais non. Si on me le propose, j’irai bien entendu, mais c’est pas une fin en soi. Si Jeff Koons veut faire des œuvres sur moi, j’accepterais. (rires)

– un moulage peut-être ? (rires)

Et pour finir, est-ce que vous avez une question à me poser ?

Pourquoi mon avis vous intéresse ?

Parce que vous aborder l’Art dans un concept autre que celui de l’érudition, avec de la légèreté, et que je n’ai pas encore vu ou entendu ceci de ma vie.

Une fois l’interview finie, je me presse dans les gradins de la salle intimiste du Petit Hébertot afin de pouvoir admirer une œuvre vivante en scène.

Mon impression fut globalement bonne. Il est improbable, encore aujourd’hui, de trouver un spectacle aussi habile sur l’Art. Mais, du fait de mes études, je suis plus exigeante. Et donc, j’attendais à ce que le sujet soit plus creusé : que des mouvements, comme le Fauvisme, soient expliqués (sur un ton décalé évidemment). L’Art ne sert vraiment que de prétexte à insérer des citations grivoises… Même si, je l’avoue, je me suis bien marré. Et puis, il faut rappeler que le grivois est depuis longtemps associé à l’Art Contemporain: Lorsque Edouard Manet (1832-1883) expose son Olympia (1863 – Orsay), la critique ne fut pas tendre, et les caricaturistes, comme Daumier, non plus. L’Art est, depuis le XIXe siècle, prétexte à la moquerie facile.

Dans l’ensemble, il occupe bien l’espace, tel Rudolf Noureev (1938-1993) dansant sur du Tchaïkovski. La dynamique du spectacle est intelligemment orchestrée par un diaporama illustrant ses propos et qui permet au public de ne pas se perdre dans ses références picturales, sculpturales ou cinématographiques. Ce passionné de cinéma nous fait même replonger dans les débuts du 7e art en rejouant une scène de muet sous les traits du Discobole, avec toge bien entendu.

Discobole Lancellotti, copie romaine, vers 120 ap. JC, Palais Massimo alle Terme

Discobole Lancellotti, copie romaine, vers 120 ap. JC, Palais Massimo alle Terme

Certes, il n’a pas toutes les bases qu’un historien de l’art peut acquérir en un cursus universitaire ou en École d’Art, mais il dépeint intelligemment un monde contemporain où, ne nous cachons pas, la grivoiserie est facile. N’en déplaise à certains critiques parisiens: ils ne peuvent oublier leur première confrontation avec ces œuvres contemporaines où l’humour prend le pas sur l’incompréhension, et précède l’érudition. C’est un processus normal.

Alez Vizorek nous renvoi également une très belle image de réussite personnelle. Réussite qui n’a pas été dictée par ses études, mais par des envies, des volontés de faire ce qu’il lui semblait à même de lui correspondre. Et rien que pour cela, je suis moi-même admirative car on ne peut pas dire que se lancer dans la vie active est des plus évident aujourd’hui. Qui nous dit qu’un Bac+5 peut encore nous permettre de vivre ? Lui même nous le dis lors de son spectacle, à la toute fin, glissant subtilement sa propre expérience, quand il aborde Don Quichotte qui cherchait à atteindre les étoiles avec le risque de la chute.

Me proposant de boire un « godet » après sa dernière, j’accepte dans un premier temps. Mais la pluie et la fatigue m’ont vite rattrapé. Je suis donc partie du théâtre, le sourire aux lèvres, oubliant malgré tout que la pluie tombait sur moi.

Actualités d’Alex Vizorek :

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– « Je sort un livre, Chroniques en Thalys, qui en soi représente quatre ans de ma vie, de travail, qu’on a essayé de résumer, et dont je suis assez fière. Et je vais reprendre le spectacle, à la rentrée, les 6 et 7 septembre 2015. »

– du lundi au vendredi, de 17h-18h sur France Inter : Si tu écoutes, j’annule tout, co-animé avec Charline Vanhoenacker

– mardi, 20h50 sur France 4 : Je vous demande de vous arrêter, où toute la bande de chroniqueurs de France Inter se retrouve > http://www.france4.fr/emission/je-vous-demande-de-vous-arreter-0 

– « Et cet été je pars en vacances, mais je ne vous dirai pas où (rires), parce qu’il était temps, ça fait trois ans que je n’en ai pas pris. »

Mille fois merci à Alex Vizorek

Hélène Jevaud, co-Chat Moka

Viollet-le-Duc, les visions d’un architecte

afficheAffiche de l’exposition « Viollet-Le-Duc, Les visions d’un architecte » du 20 Novembre au 9 Mars prochain à la cité Chaillot.


La cité Chaillot, enseigne nationale du patrimoine et de l’architecture présente depuis le 20 novembre 2014 une exposition sur le controversé, et pourtant inévitable, Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc. Si au hasard de quelques lignes de métro vous vous arrêtez ici, vous trouverez une exposition idéaliste sous couvert d’un génie national. Certes La pensée Viollet-le-Duciènne a ouvert de nombreuses portes pour ce qui est du domaine de l’architecture, mais n’oublions pas qu’elle en a fait s’effondrer plusieurs autres. Nous retournons au grand débat du patrimoine, celui du « Faire vivre et/ou laisser mourir », doit-on conserver les ruines, restituer à l’identique, ou faire fit des tas de pierres aux mains de l’architecture contemporaine?  C’est un débat toujours très vif chez les historiens de l’art.

         La rigoureuse doctrine française, théorie idéaliste, si bien consciencieuse que brutale d’Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc (1814-1879) dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle défendait le fait que « restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné. ». Déjà à l’époque, il trouve opposition chez John Ruskin qui affirme : « ce que l’on nomme restauration est le plus grand mal dont puisse souffrir un édifice ». Un Ruskin contre la modernité et la division de la tâche, pour l’artisanat et l’abordable, pour le savoir-faire et la valorisation de l’artisanat, et surtout contre l’interventionnisme systématique. C’est également Ruskin qui affirmait que l’homme pouvait vivre sans architecture mais que sans elle, il nous était impossible de nous souvenir1. Alors comment nous souvenir si l’original disparaît ? Comment restituer à l’objet restauré une valeur historique, si elle perd son historicité ? Les marques du temps font partie de l’essence même du monument. Dans certains cas, restaurer revient à redonner vie à un mort. Viollet-le-duc a « la nostalgie de l’avenir et non celle du passé.2 »

         Il ne faut pas oublier qu’une exposition dans son sens générale est partie intégrante de l’éducation populaire, porteuse élémentaire d’un point de vue national. Il faut rester conscient du génie de Viollet-le-Duc : inventeur, dessinateur, penseur exceptionnel mais aussi auteur d’une théorie de la restauration destructrice. La réaction des journaux, même des plus spécialisés, se révèle bien docile, banale et conformiste sur le sujet. Ce fait c’est l’entretient de cette culture standardisée, lucrative et capitaliste. c’est le fait de constater a quel point le journalisme est devenu un métier de publicitaire.

         Pensons le aujourd’hui, au-delà de toute doctrine, le patrimoine est une industrie. On nous assomme d’idées standardisées, dans une scénographie clinquante, passées au laminoir de la culture, le tout enrobé d’un affreux rouge plus si étrusque que ça.

         « Les visions d’un architecte » : visions unilatérales annoncées par une affiche rouge, reprise des éditions Hetzel, où l’on nous évoque ce « Jules Verne » de l’architecture bien connu pour ses monuments dé-restaurés. Mais y a-t-il pour autant un lien entre Jules Verne et Viollet-le-Duc ? Une question de marketing : il faut bien l’avouer, Viollet-le-Duc à encore un peu de poussière sur son costume trois pièces. Cette exposition manque cruellement de recul et d’impartialité, à la limite de la propagande. Ayant parcouru les lieux en connaissance préalable du sujet, on en ressort déconcerté faute d’avoir été convaincu par le #violletleduc.

         Sur les sept thèmes abordés par les commissaires d’exposition, pas un seul n’est réellement impartial. N’oublions pas que Viollet-le-Duc incarne en France le symbole d’une restauration arbitraire et traumatisante.

         Non loin de quelques remarques acides, c’est un beau contenu que vous pourrez tout de même y trouver, certes victime de la doctrine de certains historiens de l’art, mais tout de même intéressant. Veillez donc a ne pas manquer la seule  caricature du maître par Eugène Giraud, seule œuvre en contrepoint.

1John Ruskin, Les Sept Lampes de l’architecture, chap. VI

2F. Choay, L’allégorie du patrimoine, p. 117

Hélène Jevaud & François Maillet