La bibliothèque idéale du Chat-Moka

A l’heure où les élections régionales font couler plus d’encre que jamais et où le journal Le Monde décide, ENFIN, de prendre position contre un F-Haine plus débèquetant qu’il ne l’a jamais été, nous entrevoyons les rayons de lucidités dans les yeux de nos journalistes préférées et de leurs rédactions souvent trop frileuses. Ce qu’il y a de bien à être un blog étudiant c’est que nous avons une liberté de parole extraordinaire. En Juin dernier nous avons publié un article sur l’éloge de la critique et les journaux, aussi nombreux, petits, internationaux soient ils devraient suivre l’exemple du Monde et plus encore. Ces journaux devraient (et ceci est valable pour le Monde) redécouvrir voire réinventer le métier même du journalisme. La liberté de la presse que nous chérissons tant nous vient de journaux et j’entends par là de journalistes bien plus acides et critiques autant qu’engagés que l’on en trouve aujourd’hui. Vous voulez lire l’information crue et objective ? Lisez les brèves AFP, il ne faut pas tout confondre, un journaliste, par définition ça prend parti ! Bien-sûr vous pourriez lire Hemingway mais franchement si vous lisez Chat-Moka, c’est que vous valez mieux que de suivre une vague de mode aveugle. Ici vous trouverez une charmante bibliothèque, autant d’ouvrages à lire, relire ou découvrir. Ils sont ici car c’est l’archétype de la bibliothèque idéale (non exhaustive bien sûr voire même bien trop résumée) du Chat-Moka.

(Avec la participation chaleureuse et cultivée de Françoise DAILLER)

Pour se sentir un peu plus humain :

Black Boy de Richard Wrightbalck boy

Un livre qui a marqué ma jeunesse, mon adolescence tant j’étais déjà choqué par la ségrégation raciale, notamment aux Etats-Unis au début du vingtième siécle.

Ce roman autobiographique raconte la jeunesse du plus important écrivain noir américain né en 1908, qui a grandi dans le Mississippi, avec la terreur provoquée par le KU-Klux-klan et le racisme envers les « Moricauds » « j’étais ce que le sud blanc appelle un moricaud. Mais le sud blanc ne m’avait jamais connu, n’avais jamais su ce que je pensais, ce que je sentais…Jamais je n’avais pu me considérer comme un être inférieur. Et aucune des paroles que j’avais entendues tomber des lèvres des Blancs n’avaient pu me faire douter réellement de ma propre valeur humaine. Sa volonté à lire, écrire, se cultiver, sa force lui ont permis de lutter et de devenir ce qui lui était interdit au départ : un grand écrivain.

Matin brun de Frank Pavlof :

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C’est le cadeau idéal pour les amis. Une histoire aussi etrange qu’inquietant narrant la monté douce d’un fascisme latente. Nous suivons donc les pensées du même personnage et voyons les lignes se resserrer devant lui… Évidement ce n’est pas récent et c’est même déjà culte mais Chat Moka aime à le relire, redécouvrir sous le jour des événements qui secouent la France ces dernières semaines.

 Indignez-vous de Stéphane Hessel :

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Au même titre que le livre précédent, C’est l’image même de la résistance que certains diront vieillissante ou trop théorique mais c’est un bon départ pour se laisser philosopher quelques heures devant un bon chocolat chaud. SI vous voulez quelque chose de plus politique et de moins théorique je vous conseille ÉcoSocialisme de Michael Loewy.

Le pape des escargots de Henri Vincenot

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La France profonde avec son terroir dans les hauts forestiers de la Bourgogne, à travers l’évocation des compagnons du Devoir, et un personnage haut en couleur qu’est « la Gazette », un prophète, un druide qui va de village en village, prêcher la bonne parole. Il parle de la nature, du grand oeuvre de l’ homme, de la Vouivre, ce courant terrestre tellement ignoré aujourd’hui ! « Salut à toi Vèvre Vivre Vouivre, qui gonfle la montagne et nous donne ton souffle « . Un livre qui ouvre les consciences et les esprits sur le lien puissant qui relie l’homme à son univers la Terre, un thème essentiel aujourd’hui alors que l’on nous rabache les oreilles avec la COP 21 !

Pour parler un peu de nos souvenirs :

Ils ne sont pour rien dans mes larmes d’Olivia Rosenthal :

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Ce livre n’est pas récent non plus mais est à offrir à tous les cinéphiles. Dans cet essai, l’Auteure convoque les souvenirs de bien des gens, témoignages dissemblant et n’ayant pour point commun que le fait d’avoir marqué une vie. Olivia Rosenthal ici réuni les films qui vous marque à vie, de manière violente ou non, mais qui n’en reste pas moins intrusifs et troublants ! À lire !

À vue de nez de Céline Curiol :

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Celui-ci c’est mon coup de cœur ! C’est un livre qui m’a énormément marqué où l’auteure développe, étale et réorganise ses souvenirs. En effet les odeurs et les ambiances de villes au travers du monde, les vues de rues anciennes mêlées aux boulevards new-yorkais en passant par les terrasses parisiennes, Céline Curiol recrée  en songe une ville hypothétique faite de ses souvenirs imbriqués les uns aux autres. Son style léger et très poétique ne vous laissera pas indemne.

Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan :

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Dur ! On se demande même quand les malheurs vont s’arrêter, Bien sûr vous pourriez lire « d’après une histoire vraie » mais si vous n’avez pas lu celui-ci vous ne prendrez pas autant le gout du style de Delphine de Vigan. Retracer l’histoire des souvenirs de sa mère, l’écrire, la redécouvrir aussi au travers des malheurs et des rires. Ce livre est dur mais tellement beau, c’est un rite initiatique qui vous bouleversera, j’en suis sûr.

L’Alchimiste de Paomo Coelho

paoloSantiago, un jeune berger andalou, part à la recherche d’un trésor enfoui au pied des Pyramides. Lorsqu’il rencontre l’Alchimiste dans le désert, celui-ci lui apprend à écouter son cœur, à lire les signes du destin et, par-dessus tout, à aller au bout de son rêve…
Voici un conte philosophique qui nous invite tel ce jeune berger à aller à la rencontre de notre légende personnelle. Un livre qui pourra paraître mièvre à certains mais qui renvoie à soi-même, qui nous éveille à la magie de la vie, si riche de signes que nous ignorons ou ne savons pas lire. Un livre qui fait du bien au coeur et à l’âme.

Pour se laisser porter par quelques belles histoires :

Le Rocher de Tanios d’Amin Maalouf

amin maaloufUn rocher sacré qui porte le nom d’un homme, mais aussi une légende qui interdit à qui que ce soit de s’y asseoir : « j’ai longtemps contemplé ce trône de pierre sans oser l’aborder. Ce n’était pas la peur du danger… non ce n’était pas la peur de tomber qui me retenait. C’était une croyance, et c’était un serment. Exigé par mon grand-père quelques mois avant sa mort : « Tous les rochers, mais jamais celui-là ! »

J’ai été charmée par ce roman aux allures de conte avec en toile de fond le conflit entre l’empire ottoman et l’Egypte, conflit arbitré par les puissances européennes qui cherchent leur part de gâteau. L’influence britannique et sa concrétisation sur le terrain dont Amin Maalouf nous dévoile certains aspects est particulièrement intéressante. Les enjeux de pouvoir et la lutte entre les différentes hiérarchies de la politique locale sont expliquées de façon très simple et j’ai beaucoup apprécié cette imbrication du récit fictif dans un contexte historique réel. Sous ses allures de conte , c’est donc une parcelle de l’histoire du Liban qu’illustre ce roman.

La curée d’Emile Zola :

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En relisant récemment celui-ci j’y ai vu bien des sens nouveaux. Dans le monde fleurissant de la modernité du Paris Haussmannien en devenir, laissez-vous tenter par les histoires entremêlées de quelques personnages à la sauce Rougon-Macquart vous rappelant à quel point le monde change mais reste le même. Les affaires financières mêlées au mensonge et à quelques histoires d’amour, c’est un classique de Zola qui n’est malheureusement pas assez lu.

Va où ton coeur te porte de Susanna Tamaro

va ou ton coeur te porteSeule dans sa maison battue par les vents d’hiver, une vieille femme qui n’a plus que quelques mois à vivre écrit à sa petite-fille. Avant de disparaître, elle souhaite resserrer les liens distendus par les aléas de l’existence. Pour cela, elle n’a que des mots. Des mots d’amour, ou des mots qui l’entraînent à évoquer sa propre vie. Quinze lettres pour crier haut et fort à la jeune génération qu’il faut faire confiance au destin et écouter son coeur.

« Le Hasard. Un jour, le mari de Mme Morpurgo m’a dit qu’en hébreu ce mot n’existe pas. Pour désigner quelque chose qui a trait au hasard, ils sont obligés d’utiliser un mot arabe…Tout est ordonné, réglé d’en haut, tout ce qui t’arrive t’arrive parce-que ça a un sens. »

J’ai le courage de dire que ce roman, plus que tout autre m’a permis d’avoir une nouvelle vision de la vie, j’ai envie de le transmettre à ceux qui ont du mal à trouver leur place en ce monde, à ceux qui ont perdu toute confiance en la vie. Je n’ai jamais oublié le message de ce roman, que je continue d’ailleurs de transmettre quand le besoin s’en fait sentir.

Marie Blanche de Jim Fergus

marie blancheCet auteur américain d’origine française, va à la rencontre de sa grand-mère âgée de 96 ans, une femme de tête, au caractère entier, qui a connu un destin hors du commun. Il va retracer à travers cet échange, un voyage qui va lui permettre de retracer le parcours de sa mère avec laquelle il fera enfin connaissance : Marie-Blanche, dont le récit commence ainsi :

« Petie fille je vivais dans un château enchanté, peuplé de fées et de fantômes… » Un récit souvent cruel qui montre la difficulté à être une petite fille effrontée dans la bourgeoisie de la fin du XIXème siècle, et devenir une femme affirmée au début du siècle suivant.

On découvre avec émotion au sein de ce roman, la fin de la lignée des La Trémoille, une famille noble de Thouars, (notre territoire), à travers le personnage de Louis II de la Trémoille, que la mère de l’auteur a rencontré. Une inoubliable fresque familiale à travers un siècle et trois continents : l’auteur de Mille femmes blanches confirme son exceptionnel talent de conteur et nous offre un chef-d’oeuvre.

Pour parler d’Histoire de l’Art :

L’homme qui marchait dans la couleur de Georges Didi-Huberman :

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Attention ! Avis aux amateurs d’Art, C’est plutôt perché mais ce livre a littéralement changé ma façon de voir les couleurs, la peinture, l’art contemporain. Je vous laisse découvrir ce chef d’œuvre sans vous en dire plus, C’est exactement le genre de livre où il faut s’accrocher et où les références ne sont pas toujours évidentes, où l’érudition de l’auteur est parfois dure à suivre mais si l’on tient bon le jeu en vaut réellement la chandelle.

L’album de l’art à l’époque du Musée Imaginaire de Georges Didi-Huberman

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Encore Didi Huberman dans un style beaucoup plus léger, C’est ici un livre tiré de conférence de l’Auteur même et reprenant, étudiant, critiquant et repensant « Le musée Imaginaire » D’André Malraux vous guide aux travers de l’histoire, de l’historiographie tout en restant particulièrement clair et accessible ! À lire !

Ahae : mécène gangster de Bernard Hasquenoph :

ahae hasquenophIl fallait bien parler d’un livre récent un jour… Ce livre de Bernard Hasquenoph est la bombe révélatrice du moment. Il relève d’une enquête  particulièrement bien menée et documentée par l’auteur sur l’affaire Ahae : ce photographe amateur coréen exposé au Louvre et au Château de Versailles, évidement plein aux As et mécène, une identité mystère et dont les talents artistiques ne sont pas non plus avérés. L’implication dans un drame en 2014 a révélé qu’il était en fait un escroc et gourou de secte. La réalité dépasse la fiction dans ce livre d’actualité plein de justesse à vous en faire cracher des boules de poils !

L’histoire des couleurs de Manlio Brusatin :

manlio(Il fallait bien parler d’un vieux bouquin un jour) Vous connaissiez l’histoire de couleurs par Michel Pastoureau ? J’ai découvert en m’intéressant au sujet l’écrit de Manlio Brusatin particulièrement intéressant et dont le style est – je trouve – bien plus attractif que celui de Pastoureau. Retraçant l’évolution de l’usage de la couleur, ses symboles et les métiers qui s’y accolent, l’auteur, dans un récit non exhaustif mais précis vous guide au travers de l’Histoire sans jamais vous tanner d’information futile.


Mais également Le relief au croisement des arts du XIXème siècle par Claire Barbillon qui a fait l’objet d’un article (Par ici !!!! )

Voilà ! J’espère que ces quelques livres sauront vous séduire s’ils ne l’ont pas d’ores-et-déjà fait, vous avez donc des idées de livres à offrir. Merci à Françoise DAILLER pour ces quelques suggestions fort plaisantes, en espérant la revoir sur Chat-Moka.

Et vous, quel est le livre qui a marqué votre vie ?

Chat-Moka attend vos réponses.

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Top 5 des mondaines plus Rock N’Roll qu’il n’y parait

Tout d’abord, je m’excuse auprès de nos lecteurs, les ignominies de ces derniers jours ont quelque peu ralenti ma productivité.

Mais qui étaient donc ces femmes, ces mondaines posant pour les peintres à  la suite de rendez-vous pris dans les soirées mondaines en vogue. C’est intéressant de voir que l’on ne connait/s’intéresse à qu’une partie des 1900, peut être question de choix, peut être question de mode, ceci étant, on ne parle jamais de ces femmes qui ont pourtant inspirées tant de grands artistes.

Portrait de la Comtesse de Greffulhe par Alexius Philip Laszlo

Portrait de la Comtesse de Greffulhe par Alexius Philip Laszlo

Comtesse de Greffulhe

Actuellement au Palais Galliera à Paris sévit une exposition sur la Garde-Robe de la Comtesse de Greffulhe, mais peu de gens connaissent réellement ces femmes qui, à l’aube du XXème siècle ont apprivoisé Paris lors des salons et des soirées mondaines.

Cousine éloignée de la Princesse Bibesco, et encore plus éloignée d’Anna de Noailles, Cette femme s’implique véritablement dans la culture des tous paris mondains. Elle se plait à organiser une exposition au profit de la Société Philanthropique sur le thème des « Chapeaux de Théâtre ». C’est tout un univers de relations autour de ces femmes qui s’y attroupent. La mode est quelque chose qui est pris au sérieux par celles-ci. L’exposition à pour but de porter secours aux amateurs de théâtre, on voit nombre de publication dans les journaux de l’année 1906.  Dans ces années ci, c’est le journal « Les modes » qui parlent le mieux de tout cela. On y trouve des explications quant à l’exposition mais aussi et surtout les reproductions en image sans oublier la liste du gratin qui s’y trouvait.

Elisabeth de Caraman-Chimay, Comtesse de Greffulhe a été dans ces premières années du XXème siècle la femme la plus en vue de la capitale. Femme douce mais à l’élégance atypique, son intelligence et sa culture font d’elle la femme passionnée par l’organisation de spectacle qu’elle restera. C’est un véritable entrepreneur en son temps ! Proust aura le désir d’approcher cette femme fascinante aux yeux profond mais cela se révélera « trop facile » et il devra de nombreuses fois se résoudre à refuser ses invitations.

Ces journaux sont une réelle mine d’or historique (bien sur demandant vérification, mais tout de même) nous y apprenons que tel comte vient de passer l’été à tel endroit et qu’il y a organisée une sauterie des plus mondaines (Encore ici on trouve la liste des invités). Vous l’aurez compris c’est un peu l’ancêtre de la presse people.

Portrait officiel de la Comtesse de Noailles décorée de la Medaille de Commandeur de la Legion d'Honneur par Kees Van Dongen en 1931

Portrait officiel de la Comtesse de Noailles décorée de la Médaille de Commandeur de la Légion d’Honneur par Kees Van Dongen en 1931

Comtesse de Noailles

Oui, vous allez finir par en avoir assez, mais pas encore…

Bien sûr que la Comtesse de Noailles fait partie intégrante de ce gratin, mais ce ne sera pas toujours le cas. Son salon de l’avenue Hoche aura beaucoup d’influence, ses écrits son commenté par beaucoup. Bien sur la richesse du Comte de Noailles (tout comme celle du Comte de Greffulhe) aura contribué à donner à ces dames du monde avec le temps une image d’idiote et d’inutile. Heureusement ces jours ci, ces princesses, comtesses et autres mondaines font leur grand retour dans l’histoire et l’histoire de l’art ainsi que dans nos musées.

Au-delà de son salon, les tenues de la Comtesse sont absolument extraordinaires. Récemment j’ai pu croisé un site de vente de vêtement traditionnel sur internet qui prétendait que la Comtesse de Noailles avait fait connaitre la tenue traditionnelle roumaine à la capitale, bien sûr ! C’est une aberration. La tenue traditionnelle roumaine ? Si l’on connait un tant soit peu le pays, on voit ces tenues blanches à broderies rouge, figure du paysan national si longtemps entretenu… on imagine mal la comtesse se vêtir telle une « ţarancă » (Paysane) dans les salons littéraires mondains de la Capitale.

Passionnée par les grands de ce monde, par la nature et le lyrisme romantique de Musset, ou l’universalité d’Hugo. Anna de Noailles sera à l’initiatrice de l’actuel Prix Femina, Académicienne en Belgique et première femme Commandeur de la Legion d’Honneur Française.

Au-delà de ces quelques formalités, Pour moi c’était surtout un être de sentiment, d’érudition et de culture, une femme usée par le verbe ! Imaginez donc cette jeune fille que l’on appelait Anna Brancovan, une fleur roumaine se sentant plus française que toutes les françaises, qui à l’Age de 15 ans avait déjà lu tout Hugo et Musset, qui commençait Anatole France et qui ne croyait résolument pas en Dieu.

Autoportrait par Winnaretta Singer

Autoportrait par Winnaretta Singer

Princesse de Polignac

Pour ceux qui ne la connaisse pas, je me permets de vous présenter « Winnie », Winnaretta Singer, Madame Edmond de Polignac. Elle représentait, comme les Noailles, les Greffulhe ou les Bibesco, une des grandes familles fortunées de la fin du XIXème. Son nom ne vous est pas inconnu avouez ?  Nous avons tous une grand-tata qui raccommodent les bas de pantalons à l’aide de sa machine à coudre Singer ! Eh  ! et bien, Winnaretta Singer est l’héritière de cet empire de machine à coudre ! Winnie, c’est aussi une des grandes figures lesbiennes du debut des années 1900. Que voulez-vous, il fallait bien sauver les apparences. Elle fréquentera Romaine Brooks, pour ne citer que la plus connue [que dis-je, en plus de son mari].

New-yorkaise d’origine, après un mariage raté qu’elle fait annuler par le Vatican, Elle se marie avec un Homosexuel discret de 59 ans, ce qui lui permet d’avoir une liberté amoureuse. Le plus drôle dans l’histoire c’est que ce n’est pas la seule à avoir recours à ce genre de mariage. Romaine Brooks par exemple a fait –à peu de choses près– la même chose avec son mari.

Tout comme la Comtesse de Greffulhe, elle aime à donner l’argent de son merveilleux mari (et de sa propre famille) aux œuvres caritatives et sociales. C’est, tout comme le portrait mondain, une des grandes pratiques de l’aristocratie de ces années-ci. C’est une femme qui fréquente les milieux érudits, les salons littéraires et ainsi, sa double nationalité lui sera bien utile car on viendra lui demander la traduction de certains ouvrages tels que le fameux « Walden ou la vie dans les bois » de Henry David Thoreau dans sa première version. Livre qui nous avait déjà été conseillé par Radio Pulsar il y a quelques semaines.

Portrait de le Princesse Bibesco par Boldini en 1911

Portrait de le Princesse Bibesco par Boldini en 1911

Princesse Bibesco

Marthe Lahovary de son nom de jeune fille est née à Bucarest en 1886. Bibesco lui viendra de son mariage avec Georges Valentin Bibesco de Caraman Chimay [Gare à ceux qui critiqueraient les noms à rallonge, j’ai écrit ici la version courte]. Mariage qui fait d’elle, la cousine par alliance d’Anna de Noailles, une de ses lettres à Marcel Proust nous révèle qu’elles ont en plus de cela une arrière-grand-mère en en commun. Moi ? Cautionner la consanguinité ? Jamais !

Parlons peu mais parlons bien, Marthe Bibesco est une éminente femme de lettre des années 1900, elle siégera aussi en tant que membre étranger littéraire à l’académie royale de langue et de littérature française en Belgique mais contrairement à ce qui est dit bien souvent, pas à la même chaire que la comtesse de Noailles.

La princesse Bibesco est surtout la Muse véritable de Marcel Proust, la plus douce et la plus lyrique.

Portrait de Laure de Sade, Comtesse Adhéaume de Chevigné par Federico de Madrazo

Portrait de Laure de Sade, Comtesse Adhéaume de Chevigné par Federico de Madrazo

Comtesse de Chevigné

Pour continuer dans la liste des mondaines plus Rock N’Roll qu’il n’y parait, j’introduis Laure Marie Charlotte de Sade de son nom de jeune fille. Ce n’est pas rien d’être descendante du Marquis de Sade ! Elle aussi fut une des sources d’inspiration pour Marcel Proust. Je pense que toutes ces comtesses, princesses et autres mondaines 1900, avait pour confesseur l’Abbé Mugnier. Il devait en savoir des choses cet homme. Peut–être que le Chat-Moka écrira un article sur lui d’ici peu.

Laure de Chevigné, Comtesse d’une famille légitimiste, elle tient un salon musical et artistique. C’est un milieu ou la culture est aussi importante que l’argent. Loin de toute critique, elle disait que ses amis et ses années se pouvaient être comptés sur  ses colliers ». En effet ceux-ci avait pour tradition de se cotiser pour lui acheter un nouveau rang de perle chaque année.

Toutes ces femmes, si l’on oublie leurs penchants Légitimistes, Bonapartiste, Royalistes, paraissent pour les néophytes bien ennuyeuses, et puis, en creusant un peu on trouve plus qu’ailleurs le lot d’amusement nécessaire à chaque classe sociale. Entre les mariages arrangés entre homosexuels notables, salons bondés d’artistes, Comtesses extravagantes aux milles tenues, muses des années 1900. Ces femmes sont ici bien maigrement résumées, j’espère vous avoir intrigué sur ces quelques personnages. Il existe bien des références littéraires à leurs sujets, à vous de jouer !

Bien à vous,

Chat Moka.

Pour un autre Jean Cocteau

Aujourd’hui mes chatons je réalise le veux de vous parler d’un livre qui me tiens à cœur tellement il m‘est personnel. Quelque part c’est paradoxale mais ce que Jean Cocteau confie dans ce livre est une chose extrêmement personnelle et à la fois universelle.

Alors que l’on assiste à un retour en force du personnage de Cocteau dans la recherche et les événements culturels du moment, la question la plus pertinente serait : Oui, mais quel Cocteau choisissons nous de montrer ? Il y a des facettes de Cocteau que l’on oublie bien souvent de montrer, parce que

« La France supporte mal un rôle qui n’est pas tout d’une pièce. L’avare doit être toujours avare, le jaloux toujours jaloux. C’est le succès de Molière. »

Dit Jean Cocteau lui-même en 1927 dans l’ouvrage que je vais vous présenter.

Autoportrait de Jean Cocteau

Autoportrait de Jean Cocteau

Le Cocteau des débuts : L’Anna-Mâle

Né le 5 Juillet 1889 dans une famille Bourgeoise, Il grandit alors dans un « un climat postromantique empreint de fantaisie, d’érudition légère et de mélancolie » (Claude Arnaud). C’est un enfant qui est « mal dans sa peau » dirait-on aujourd’hui. Élevé par une gouvernante allemande qui prendra une place intéressante dans son éducation, il devient un homme autour duquel gravite un petit musée imaginaire dans lequel on retrouve un univers fourni. Cette gouvernante sera un des points communs qu’il aura avec Anna Bibesco de Bessarab-Brancovan, Future Comtesse de Noailles.

C’est au cours des soirées mondaines de la première décade du siècle dernier qu’il fréquente la Comtesse de Noailles. Il écrit déjà et lui confiera quelques-uns de ses textes. C’est un Cocteau Jeune et dont le style aime à s’accommoder de celui d’Anna de Noailles. La rencontre avec Diaghilev fera de lui le poète que tout le monde connait. Mais qui se rappelle de l’Anna-Male ?  Pourquoi serait ce plaisant de l’effacer ? On a ridiculisé bien assez le Comtesse de Noailles, la réduisant à une païenne idiote et trop lyrique… Cocteau a raillé Proust comme la comtesse, mais les dessins de Jean Cocteau traduisent le manque, l’absence de celle qui fut bien longtemps sa « grande-sœur ».

En 1922, dans le Secret Professionnel, Cocteau se plaira à confier que

« La  poésie est pour lui affaire d’« électricité », non de « forme des lampes » : sous cet angle, elle est admirable aussi bien chez Anna de Noailles que chez Tristan Tzara »

Cocteau se faisait alors appeler l’Anna-Mâle par les journaux, ce qui lui valait la réputation d’une tutelle par la comtesse. Sem, caricaturiste hors-pairs, ne le ratera pas en faisant de lui le petit chien de madame la rose insinuant le fait d’un Cocteau servile et suivant la Comtesse.

Le coin des poètes, Caricature de Sem

Le coin des poètes, Caricature de Sem

Passé les années 1910, Cocteau, je vous l’ai déjà dit, est celui que nous connaissons bien. Mais il tient toujours une correspondance avec sa « Grande sœur », Celle qui lui disait « Je préfère à chaque page » parlant du troisième recueil de poésie « la danse de Sophocle », lui fait part de ses regrets quant à ce que j’appellerai son changement de Cap.

L’œuvre qui pour moi, est une des plus marquante de l’œuvre de Cocteau est [Symboliquement peut-être] Le livre Blanc. Certes j’apprécie le personnage de la Comtesse et de l’Anna-Mâle mais C’est le Cocteau de 1927 qui écrira cet ouvrage.  Laissez-moi vous le présenter.

INTERDIT AUX MOINS DE 18 ANS
[Nan j’déconne]

Cocteau et le livre Blanc :
une autobiographie érotico-historique

Le livre blanc a tout d’abord été publié anonymement, ce n’est que bien plus tard que Cocteau a affirmé la paternité de cette œuvre, figurant désormais au sein de ses œuvres complètes.

enfant jeune

Il se confie et essaye d’expliquer, du plus ancien souvenir qu’il ait, d’où vient son homosexualité. Sa relation avec sa famille, le jeune valet de ferme, puis plus tard, le Lycée Condorcet « La classe sentait le gaz, la craie, le sperme », Cocteau arbore la crudité des mots et nous dépeint ses souvenirs.

Oui, il s’agit d’un ouvrage érotique mais à la fois autobiographique, personnel et universel. Ainsi vous le disais-je.

Cocteau aime à nous conter son mal-être, son malaise parfois, ses déchirures. Ainsi et seulement ainsi on peut comprendre un être, s’y personnifier, re-contempler son chef-d’œuvre. [Appelez cela sa vie si vous le souhaitez]. Vous parcourrez ainsi le temps en sautant la relation en relation, de mensonges en tromperies.

Cocteau n’étant pas un coureur de jupons, [au masculin comme au féminin], l’unique qu’il est, n’est alors qu’errance dans le monde de ces

« rencontres rapides où l’égoïsme se satisfait ».

« Mon goût ne serait pas de m’amuser cinq minutes, mais de vivre toujours avec lui ».

Cocteau dors

dormir

C’est un être de sentiment qu’est Jean Cocteau et au travers du Livre blanc. Nous voyons ses maux, ses pansements mal faits et ses névroses, le conduisant toujours à l’échec. Revoyant sur chaque homme séduisant le visage de ceux qu’il eut aimé et perdu.

Les dessins :
la magnificence du Masculin

L’Edition illustrée de 1983 accompagnée des 47 dessins originaux de Cocteau est un petit bijou de livres rares. Le Chat-Moka rêve d’ailleurs de l’avoir dans sa bibliothèque et l’a soigneusement inscrit sur sa lettre au père noël.

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Le trait fin et souple de Cocteau est celui qui habille le mieux ces textes, ils laissent entendre les soupirs de ces hommes qui ont fait de lui le poète usé par le verbe qu’il est devenu. [On eut dit cela de la Comtesse aussi]. Ces traits dépouillés, semblant parfois divaguer rendent avec magnificence la beauté de ces scènes.

Les cheveux qui s’envolent, les poils qui tourbillonnent…Sacré Cocteau ^^

magnifique JeanCocteau_02avec Alfredo
Des musculatures exacerbés comme seul le Maniérisme nous en avait montrée, des drapées écorchés et solide nous rappelant Egon Schiele, Des visions de scènes d’amour ou règnent la douceur des traits de l’artiste et des sexes tendus et pourtant dénués de vulgarité. Dans une dualité entre complicité malicieuse et simple candeur. Dans la peinture ou même l’art de manière général, Cocteau vient prendre sa place aux cotés de Schiele et de Bouguereau dans ces artistes qui ont magnifié le corps de l’homme.

Le Livre n’est actuellement plus édité par aucune maison d’éditions et c’est vraiment dommage. Il fait partie des chefs d’œuvre méconnus qui ne font pas assez vendre. [Même en période de Cocteau-mania].

C’est une œuvre se doit d’être lu, Le Chat-Moka a été véritablement bouleversé par cette lecture.
Vous pouvez trouver le texte ici, ou ici. Il existe plusieurs version du livre mais l’illustrée me semble la plus judicieuse.

Au risque de vous spoiler, le livre se termine de façon magistrale avec cette phrase que je retiendrais pour des années à venir :

« Un vice de la société fait un vice de ma droiture. Je me retire. En France, ce vice ne mène pas au bagne à cause des mœurs de Cambacérès et de la longévité du Code Napoléon. Mais je n’accepte pas qu’on me tolère. Cela blesse mon amour de l’amour et de la liberté. »

bravo bravo bravo

N’hésitez pas à laisser vos impressions quant à ce livre en commentaire.

Bien à vous,

François MAILLET, pour Chat-Moka

Bibliographie : 

COCTEAU, Jean, Le Livre blanc illustrés des 47 dessins de l’auteur, (Version Numerisée), Ed. de Messine, 1983.

ARFEUILLERE, Manon, DOSSIER : Un artiste, un auteur, une Œuvre Pablo Picasso et Jean Cocteau,  Non édité, Poitiers, 2015.

NOAILLES, Anna (de), Le livre de ma vie, Ed. Barrillat (Réed. 1932), 2008, Paris

NEMER, François, COCTEAU : sur le fil, Coll. Découvertes, Ed. Gallimard, 2003, Paris

Le Chat-Moka à lu « Le Relief […] » de Claire Barbillon

Etant en voyage dans le pays bordelais, j’en profite pour aller me repaître dans l’antre la plus fournie en livres et ouvrages d’Histoire de l’art. Je me rends donc dans la librairie Mollat et y trouve avec scepticisme le livre d’une de mes professeurs.

La librairie Mollat à Bordeaux – Copyright Commons Wikimédia

  N’étant pas un grand amateur de sculpture je me risque à acheter cet ouvrage que la librairie affiche à une cinquantaine d’euros. Me voilà donc face à cette proposition que nous fait Claire Barbillon de regarder autrement la sculpture du XIXème siècle.

Le Chat Moka s’engage donc dans une lecture de 288 pages qui s’avère pleine de réflexion.

Le Relief, au croisement des arts du XIXe siècle, de Claire Barbillon

Couverture de

Couverture de « Relief, au croisement des arts du XIXème siècle » – Copyright La Procure

Le figaro du 27 novembre 2014 nous proposait alors une liste de dix livres qu’il faisait bon d’offrir pour Noël. Voilà ce qu’en disait alors Eric Bietry-Rivierre :

La sculpture du XIXe siècle n’est pas souvent revisitée dans son ensemble. Ancienne directrice des études de l’École du Louvre, aujourd’hui professeur d’histoire de l’art à l’université de Poitiers, Claire Barbillon l’aborde par le prisme du bas-relief, cet art ambigu, à mi-chemin du tableau et de la ronde-bosse. En faisant dialoguer les pièces au dessin, à la peinture, à l’architecture et à l’écriture elle explique pourquoi il faut aimer ces œuvres signées David d’Angers, Rude, Etex, Carpeaux, Dalou, Gauguin, Rodin, Bourdelle ou encore Maillol. Un cours érudit doublé d’une invitation à regarder de manière plus sensible, originale et intelligente.

Bietry-Rivierre, Eric, Le Figaro, « Dix beaux livres d’art à offrir pour Noël », publié le 27/11/2014, consulté le 25/09/2015.

Ce que fait Claire Barbillon dans ce livre -qui est le résultat de son projet H.D.R.- c’est redéfinir l’approche du relief. En outre, elle ne se contente pas de parler du relief mais vient redéfinir les genres, aborder les mouvements et les styles. L’Auteure nous fait réfléchir à une approche différente de l’histoire de la sculpture tout entière au XIXème siècle.

Claire Barbillon - Copyright Babelio.com

Claire Barbillon – Copyright Babelio.com

C’est un livre qui s’adresse particulièrement aux amateurs, historiens de l’art mais aussi aux néophytes. Le style d’écriture de Madame Barbillon  – à l’image de ses conférences- est toujours clair et précis. C’est un livre plein d’érudition et de réflexion que je conseil vivement. Vous y trouverez des photographies précises et des comparaisons intéressantes.

François RUDE, La marseillaise, Arc de Triomphe à Paris - Copyright Commons Wikimedia

François RUDE, La marseillaise, Arc de Triomphe à Paris – Copyright Commons Wikimédia

En conclusion, je vous recommande ce livre qui vous fera redécouvrir l’histoire de la sculpture par une « dix-neuvièmiste » passionnée. Loin de moi l’idée de faire du zèle, ce livre ne m’a pas emporté à chaque page, il faut savoir sélectionner, le lire dans le désordre puis le relire en entier… Il faut y réfléchir et savoir le poser pour méditer sur les réflexions qu’insuffle l’auteure. La lecture se fait d’elle même malgré quelques erreurs de numérotation de figure dans le premier chapitre. Ce qui vient perturber un récit plus qu’intéressant.

PS : Le passage sur le romantisme est réellement captivant ainsi que le dernier chapitre qui traite du rapport entre Relief et Écriture.

Bien à vous,

Le Chat-Moka, en direct de Bucarest (ROUMANIE)